La Plume

de Gwendal Le Bec

Albin Michel jeunesse – 2013

coeur mini mini

Un matin, le dindon arrive dans la basse-cour avec de drôles de plumes fichées sur la tête. Ses congénères le regardent d'un œil torve avant de retourner à leurs occupations. Mais l'animal ne se décourage pas, et entreprend de convaincre la petite population. Peu à peu, il y parvient, et « la Plume » devient un signe distinctif in-dis-pen-sa-ble. On en orne même les œufs et les poussins. Ceux qui dérogent à la nouvelle règle se voient plumés, montrés de la patte.

Et puis arrive un matin un emplumé qui a choisi de se mettre son ornement... sous le menton. La tension monte vite entre les tenants de la barbe ou de la Plume. Chaque groupe se réfugie dans son arbre respectif, observant l'autre avec acrimonie. Tant et si bien que plus rien n'existe d'autre pour eux, et qu'un certain carnassier pourrait bien profiter de cette inattention généralisée...

J'ai découvert Gwendal Le Bec avec le contemplatif Un bois (Albin Michel jeunesse, 2012). Je le retrouve ici avec un album à l'atmosphère nettement plus critique, une Ferme des animaux particulièrement riche en détails. Il y a de la campagne politique absurde, qui vise un objectif fallacieux (et même pas la prise du pouvoir). Il y a de la Cour louis-quatorzienne, tout en rituels et apparences. Il y a de la dénonciation façon épuration post-Seconde Guerre Mondiale. Il y a de l'éphémère de la mode, de l'inconstance des tendances esthétiques. Il y a enfin de la foule imbécile, et de l'orgueil qui rend aveugle. Toute transposition sur la race humaine serait involontaire...

La Fontaine aurait pu imaginer cette histoire décapante sous son texte châtié et sa mise en page classique. De ci, de là, quelques familiarités de langage indiquent toutefois le second degré : « à s'en faire exploser le ciboulot », « estomacs ambulants ». Les illustrations rapides, encre et aquarelle aux tons sépia, s'imposent comme autant de petites gravures (dans l'esprit, on peut encore penser à un Gustave Doré suivant le fabuliste du Grand Siècle). L'ensemble sobre, presque formel, fait alors d'autant mieux ressortir l'ironie du propos que l'on découvre à la lecture. C'est une réussite à faire découvrir dès 8/9 ans, une leçon de morale par l'exemple dont on espère qu'elle favorisera l'indépendance de la pensée. J'ai adoré !

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