Les riches heures de Fantasia

24 mai 2013

Gladys et Vova - Emmanuelle Caron

Gladys et Vova

D’Emmanuelle Caron

Ecole des Loisirs – collection Medium – 2013 

Jumeaux, Gladys et Vova sont d’abord élevés avec amour par une veille nourrice dans la campagne russe. Au décès de celle-ci, ils sont emmenés jusqu’à un orphelinat sordide qui va signer les traits de leur personnalité : Vova devient le petit rebelle, Gladys la jolie poupée à qui on pardonne tout. Malheureux, ils trouvent un peu de réconfort auprès d’une artiste de marionnettes chargée d’animations à l’orphelinat.

Et puis un riche couple de Français veut adopter Gladys. In extremis, Vova est aussi choisi. Bien qu’habitant toujours dans la même maison, les jumeaux vont être pour la première fois de leur vie séparés : sur-nourrie et habillée comme une princesse, Gladys est exhibée à toutes les occasions mondaines ou d’affaires, tandis que Vova travaille dur à la cuisine. Le temps passe ; Vova rumine ses aspirations à la liberté, Gladys s’étiole au milieu de peluches qui ne sont plus de son âge. Le drame n’est pas bien loin…

Etrange et tragique roman raconté par un narrateur externe, Gladys et Vova met mal à l’aise de bout en bout. Quelques pages d’un bonheur initial font vite place à une institution effroyable digne du XIXème siècle : pourtant bien contemporain, l’épisode heurte les consciences. Mais le huis-clos en esclavage, dans le Paris que nous connaissons, est sans doute encore plus choquant en raison de la folie de la « mère ». Si Vova est clairement maltraité, l’asservissement de Gladys se fait beaucoup plus insidieux, de nature psychologique.

Alors oui, le roman finit à peu près bien. Mais ni les jolies marionnettes, ni l’hippocampe sauvé n’enlèvent cette sensation glauque et poisseuse chez le lecteur, alors même qu’on n’est souvent restés qu’en surface des souffrances des personnages (Gladys est celle qui se livre le moins). Une étrange et ambitieuse variation sur l’enfance sacrifiée, sur l’adoption trafiquée… par ailleurs excellemment écrite.

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23 mai 2013

Les folles aventures d'Eulalie de Potimaron tome 4 : l'amazone de Mademoiselle - Anne-Sophie Silvestre

Les folles aventures d'Eulalie de Potimaron tome 4 : l'amazone de Mademoiselle

d'Anne-Sophie Silvestre

Flammarion - 2013 

Un tantinet garçon manqué, Eulalie de Potimaron est fille d'honneur de la nièce de Louis XIV le jour, membre de la société secrète des Compagnons du Grand Dauphin la nuit. Suite à quelques imprudences commises avec son grand ami Philippe, neveu du roi, Eulalie est non seulement menacée, mais doit faire ses preuves auprès des autres chevaliers du Dauphin. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, la jeune fille se réconforte auprès de sa jument Calypso qu'elle a pu faire venir de Potimaron, et de Ti-Tancrède, lapin aussi dodu qu'affectueux. Elle doit encore composer avec l'amour grandissant et réciproque de sa maîtresse pour le Dauphin lui-même. Louis XIV, soucieux d'assurer la paix entre la France et l'Espagne, a toutefois projeté d'autres mariages...

Honneur, courtoisie, galops effrénés dans les forêts de Versailles, mais aussi complots, trahisons et espionnages d'une Cour en huis-clos : aussi spontanée que vive, Eulalie est propulsée dans un monde codifié où elle se sent paradoxalement à l'aise. Avec elle, nous découvrons les coulisses de la vie chez le Roi-Soleil, une société très jeune mais pas forcément insouciante. Mademoiselle et le Dauphin à qui est ici prêtée une idylle, l'apprennent à leurs dépens, de même qu'Eulalie dans la première partie doit admettre son inconséquence. Après, ce n'est pas pour cela que l'enjouée jeune fille renonce à sa grande amitié amoureuse avec Philippe...

Sur une écriture particulièrement enlevée qui force l'adhésion envers cette narratrice adorable, Anne-Sophie Silvestre offre un mini-cours d'histoire, version accélérée, romancée mais aussi socialement élevée : jamais Eulalie, pourtant pas bégueule, ne croise un petit paysan, même à Potimaron la campagnarde. Prochaine étape de cette sympathique série : l'Espagne, à la cour catholique de Charles II. On imagine déjà Eulalie en confession ;-) !

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22 mai 2013

Vampires, cartables et poésie - Sébastien Joanniez

Vampires, cartables et poésie

De Sébastien Joanniez

Rouergue – collection DacODac – 2013 

Le petit narrateur fait partie d’une famille « Magique ». Ses parents sorciers passent leur temps à se reposer, laissant le soin à l’Oeil de contrôle de surveiller leur fils, tandis qu’évoluent ogres, vampires, licornes, Blanche-Neige et Jésus dans le salon. Mais notre héros ne veut pas se reposer sur ses dons. Il se lève le matin, s’habille tout seul, va à l’école, et écrit des poésies.

Il nous raconte ici quelques jours de sa vie et sa rencontre amoureuse avec une camarade de classe (ah, ce spectacle de fin d’année). Son récit est ponctué de poèmes (en italique), donc, et de considérations de choses vues sur le chemin de l’école : Le vieil homme et ses tomates, Le cheval qui s’appelle Gaston, La forêt des gyrophares… Employés avec une majuscule, ces éléments sont presque sacralisés, car notre héros est sans doute impressionnable…

Dans son ensemble, le texte au présent paraît complètement farfelu, plein d’humour caché. Mais si on plonge dans l’univers « Magique » du petit garçon, si on l’admet comme hypothèse, ressort un enfant sensible, aimant, à la fois décidé sur ce qu’il ne veut pas et plein de doutes à propos de son avenir. Mais soyons en sûrs, il y aura de la poésie. Un mini roman émouvant et créatif, à prendre comme un joli rêve. 

« On dirait Carnaval : les Fées défont leurs tresses dans la salle de bains, les Lutins jouent dans le couloir, les Ogresses préparent un festin dans la cuisine. On dirait Carnaval, mais c’est le Grand Repas : comme tous les samedis soirs, mes parents réunissent la Famille Magique pour manger, boire et danser jusqu’au bout de cette nuit. » (p. 35) 

« Ecrire La fille qui m’embrasse, lentement, très lentement, écrire jusqu’à demain : La fille m’embrasse, et retenir les lettres longtemps. » (p. 62) 

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L'explosion du petit pois - Alex Cousseau

L’explosion du petit pois

D’Alex Cousseau

Rouergue – collection DacODac – 2013 

Petite fille solitaire, Violette vit avec une amie imaginaire, Mona, que ses parents voudraient bien chasser. Mais au lieu de se faire des copains de son âge, Violette se lie avec Andreas, un peintre venu de Norvège qui ambitionne de représenter les moments de « passage » : l’envol exact d’un pigeon, l’explosion d’un petit pois (suggestion de Violette), etc. Mais Andreas s’en va, part rejoindre son amour d’enfance, la belle Rosa qui aime le bleu. Mona revient alors auprès de Violette, et puis celle-ci rencontre un autre jeune voisin, Amos.

Le titre amusant résume l’idée maîtresse de ce court roman : la notion de transformation d’un état à un autre, l’idée de choses qui évoluent aussi indiciblement que brutalement sont au cœur des parcours de vie racontés ici. Et la trop sérieuse Violette aura eu besoin de s’immiscer dans une histoire d’adultes pour vivre enfin, cahin-caha, la sienne. Raconté au présent par l’héroïne qui semble tout constater, l’ensemble sonne de manière assez mélancolique en ce qu’il évoque surtout des départs ; les futurs restent à construire, et on souhaite heureux celui de cette singulière petite Violette. Un curieux ouvrage qui invite presque à une sorte de méditation philosophique sur le sens de l’existence.

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Posté par Sophie Pilaire à 05:28 - Romans junior - Commentaires [0]
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21 mai 2013

Une Maison pour neuf - Benny Lindelauf

Une Maison pour neuf

de Benny Lindelauf

traduit du néerlandais par Mireille Cohendy

Gallimard jeunesse – collection Folio junior - 2013 

Pays-Bas, 1937. Nine raconte : ses deux sœurs, Muulke l'amatrice de « tragédies tragiques » et Jes la « vertébranle » qui porte un corset, ses quatre grands frères qu'elle ne différencie pas vraiment, sa mamie Mei qui remplace en bougonnant leur mère disparue, son père enfin, rêveur qui ne va jamais au bout de ses idées mais y entraîne les autres avec un optimisme inébranlable (« il faut le croire pour le voir »).

La famille vient justement d'emménager dans une grande maison isolée et un peu en ruines, car le père s'est mis en tête de fabriquer des cigares. Immédiatement, Muulke cherche le mélodrame passé. Pourtant circonspecte, Nine est bientôt intriguée par le comportement suspect de mamie Mei, par une tête de lit en forme de pierre tombale, par une tombe sans nom, par une haie double qui cache un voisin fou, par... Recomposer les morceaux pour former l'histoire de la maison ne sera pas de tout repos.

Prenez une famille pauvre mais droite où on se chipote autant qu'on s'aime, prenez une fière gitane et un jeune villageois indécis. Entre les deux, soixante ans et un fou qui mange des boutons, pas méchant mais impressionnant. La tragédie tragique de Muulke est là, racontée en trois actes par Nine, observatrice et partie prenante attachante. Il y a du quotidien, mais aussi de la fantaisie et des frissons dans ce récit (Quelle famille ! Quelle liberté extravagante !), et encore des réalités sociales historiques difficiles, que l'on soit dans la partie des années 1930 ou celle de la fin du XIXème siècle.

Les temps étaient certainement durs, mais une douce nostalgie s'échappe parfois de cette histoire bancale : on devine que Nine, qui écrit au passé, regrette un peu ce temps de l'enfance où tout était possible, et... dûment imaginé ! A lire dès 11/12 ans, un joli roman pas comme les autres, sans accrocs mais pas sans émotions, et encore brillamment écrit. Une suite aux aventures de Nine existe ; à juste titre, elle a reçu un excellent accueil et des prix au Pays-Bas. On attend donc la traduction française :-)

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« Nous écoutions sans bouger. Neuf bras grands ouverts avait elle aussi des histoires à raconter. Quand le vent soufflait, les ardoises du toit chuchotaient entre elles et quand il venait de l'est, les fenêtres à guillotine faisaient entendre un sifflement. Mais même les soirs où tout était calme, comme ce soir-là, nous ouvrions toutes grandes nos oreilles. Certains bruits étaient difficiles à situer. Frr frr, disait la maison, ou bien elle émettait un bourdonnement aigu et lointain. » (p. 59)



Cannes à la maison

sieste

On l'avait bien dit : en mai, Fantasia se re-po-se.

Ce qui ne l'empêche pas de rester curieuse, et de suivre en direct toute l'actualité de Cannes (Sophie a droit à un petit compte-rendu chaque soir).

Et c'est du boulot, hein !

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Posté par Sophie Pilaire à 06:05 - Commentaires [2]
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20 mai 2013

Le mystérieux Cercle Benedict - Trenton Lee Stewart

Le mystérieux Cercle Benedict

de Trenton Lee Stewart

traduit de l'américain par Jean-Baptiste Dupin

Bayard jeunesse – 2013 

A la suite d'une sibylline petite annonce dans le journal, quatre enfants sont sélectionnés, au terme d'épreuves aussi nombreuses que farfelues, afin de poursuivre une dangereuse mission dans un pensionnat tout à fait singulier. A l'origine de ce projet, Monsieur Benedict soupçonne le directeur de l'école de diffuser, par les ondes de différents médias, des messages subliminaux visant à entretenir un sentiment de crise et de mal-être dans la population. L'infâme personnage utiliserait vraisemblablement des enfants, et nos petits héros vont donc devoir l'espionner. Reynie le futé, Kate la débrouillarde, Sticky l'intello et Constance la grognonne font fi de leurs angoisses et se préparent à sauver l'humanité.

J'avais hâte de lire ce roman junior à enquête, au titre et à la couverture prometteurs de frissons. Le début commence fort, avec des épreuves combinant énigmes et astuces. Par leur biais, on découvre chacun des enfants (uniquement des orphelins au passé un peu douloureux) et leur caractère ; leur façon d'appréhender une problématique sera la même tout au long du roman. Benedict est un drôle de bonhomme, atteint de narcolepsie – le détail a finalement son importance -, appartenant à une de ces agences secrètes gouvernementales comme il est facile d'en inventer pour appâter le lecteur. Et puis la mission au pensionnat arrive. Et ça devient un peu long, un peu confus. On s'accroche, on attend.

Je ne sais pas si un lecteur de 11/12 ans tiendra la route, j'ai personnellement un peu flanché et sauté des pages. Les rendez-vous nocturnes en morse avec Benedict sur l'île d'en face ponctuent agréablement des journées longues, autant pour nous que pour les héros. Ceci dit, petit bout par petit bout, le roman est bien écrit, enlevé, plaisant. Mais il y a trop de ces petits bouts, il aurait à mon avis fallu élaguer et resserrer l'action. La fin est pourtant soignée, complète, reprenant des indices laissés bien longtemps avant. Mais on nous promet un second tome... une nouvelle aventure ? A voir... Au final, j'aurais presque perdu de vue le message citoyen du roman, qui vise à alerter les enfants contre la manipulation des esprits à travers les médias et à renforcer leur esprit critique. A noter quand même les petits jeux sympas à la fin, semblables aux épreuves subies par les héros dans les premières pages.

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17 mai 2013

Raymond rêve et Raymond s'habille - Anne Crausaz

Raymond rêve

d'Anne Crausaz

Editions Memo - 2007

Raymond s'habille

d'Anne Crausaz

Editions Memo - 2013

De Raymond, on connaissait le doux LIVRE drôle d'Anne Crausaz, dans lequel le petit escargot élucubrait sur ses coquilles possibles. De la girafe au bubble-gum en passant par la pomme, tout était permis dans le monde des rêves ! Quelques idées parmi d'autres :

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Aujourd'hui, après le MEMORY de Raymond joue (Memo, 2009), Raymond se transforme en PUZZLE ! A destination des tout-petits, les pièces sont grosses : une coquille, un corps, éventuellement un petit escargot à poser sur le dos de Raymond... Fantasia s'est laissée prendre au charme d'un jeu de société vieux comme le monde, mais toujours efficace pour faire travailler ses neurones :

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A admirer autant qu'à grignoter, n'est-ce pas Fantasia ? :-)

Posté par Sophie Pilaire à 06:17 - Albums - Commentaires [4]
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Quelle chatastrophe ! - Maureen Dor et cHarlotte Meert

Quelle Chatastrophe !

De Maureen Dor

illustré par cHarlotte Meert

Editions Clochette – collection Les Zygomots – 2013 

Emile se réveille avec un chat dans la gorge. Mais pas un petit : un gros matou tigré, confortablement installé et pas du tout décidé à partir ! Emile respire mal et n'arrive pas à prononcer certains mots. Sa meilleure amie Madeleine cherche des solutions dans les livres à la bibliothèque, tandis que le petit garçon commence à apprivoiser son chat. On essaye tout : tousser encore et encore, empuantir avec un camembert, jouer avec de la laine... Rien ne fonctionne, et Madeleine décide alors d'embrasser son ami sur la bouche. Eurêka ! Le matou détestait le noir, et s'enfuit aussi vite.

Quand on prend une expression au pied de la lettre, l'effet comique marche toujours. Les petites aventures qui en résultent ici sont inventives, bien construites de façon à laisser le jeune lecteur s'approprier le détournement langagier et l'humour qui en résulte. Trois personnages (Emile, Madeleine, le chat), un narrateur externe qui raconte au présent, une fin heureuse : tout est fait pour amuser sans risques et c'est réussi. J'ai moins aimé les illustrations, pourtant variées dans leurs mises en scène mais un peu fades, et qui ne rendent pas grâce à la beauté féline, n'est-ce pas ;-) Le CD est définitivement le point fort de la collection, avec le texte intégral, une chanson bien balancée (cha cha cha...) sur la voix acidulée de Maureen, suivis de la musique sans les paroles, et de nouveau l'histoire avec des blancs pour que l'enfant complète de lui-même. Des « chatastrophes » comme celle-là, on en veut bien plus souvent !

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16 mai 2013

Le bon Antoine - Marie Desplechin

Le bon Antoine

de Marie Desplechin

Gallimard jeunesse – 2013 

Par un drôle de concours de circonstances malheureuses, Antoine est puni pour une semaine au lycée : il doit suivre l'équipe de nettoyage avant les cours. Il rencontre alors Bébé, jolie et exubérante jeune femme qui ne cesse de lui parler de Chouchou, son fils. La loi de Murphy étant ce qu'elle est, Antoine, un peu émoustillé, se retrouve de fil en aiguille avec Chouchou sur les bras. Les copains et copines vont l'aider à nourrir et tenir propre le bébé, dans l'attente de sa mère inconsciemment partie sur les routes d'un tournage de film...

Le bon Antoine est un peu la suite de La belle Adèle, puisqu'on y retrouve des personnages. Mais Antoine, narrateur, est bien différent de la pragmatique Adèle : papillon qui se brûle les ailes, mouche perdue volant en tous sens, le jeune homme ressemble à un grand enfant, adorable, certes, mais sans grande lucidité – comme Bébé – à propos des conséquences de ses actes. Et l'action, l'intrigue, se déroule de la même façon un peu folle, quoique bien ancrée dans des réalités : l'invisible travail matinal, les familles monoparentales... La bonne humeur prend complètement le dessus, dans une ambiance d'adolescence facile (les parents ne sont jamais loin derrière). L'écriture virevolte en phrases courtes au présent, les bons mots et l'humour fusent et la jeunesse rebondit avec dynamisme. C'est étonnant, à la fois très proche de nous et complètement farfelu : lu en dyptique avec Adèle, on s'amuse énormément ! 

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« Mon père travaille trop pour assurer une présence valable au foyer. Je suppose qu'il se sent fautif. Pour compenser, il essaie de faire comme s'il était un habitant normal de l'appartement. Il fait semblant d'être au courant des réalités quotidiennes, mes notes, mes profs, le prix du kilo de pommes, la vie de ma mère. Il lui manque malheureusement trop d'éléments d'information pour s'intégrer. Du coup, il tente au hasard une petite réflexion, ma mère lève les yeux au ciel, et je vais m'enfermer dans ma chambre. Le problème de mon père n'est pas qu'il est sévère ou méchant ou idiot. C'est qu'il est à côté de la plaque. » (p. 29) 

« Je commande un Coca. - Un seul ? S'étonne la patronne. Vous êtes huit et je ne compte pas le bébé... - Oui mais on est jeunes et on n'a pas d'argent, remarque Gabrielle. - On dépense tout pour le bébé, ajoute Pauline. - Vaut mieux commander un Coca et le payer que huit Coca et pas les payer, constate Darin. Thomas, qui nous a rejoint avec son sac de supermarché, se glisse sur la banquette à côté de Lison. - On restera pas longtemps, dit-il. On a des parents qui nous attendent. - C'est bon, c'est bon... maugrée la patronne. Je mets un verre d'eau pour le petit. - Merci, madame, dit Lison. »(p. 161) 



Fin »