Les riches heures de Fantasia

25 mai 2012

Le Petit Sommeil - Benjamin et Julien Guérif

Le Petit Sommeil

De Benjamin et Julien Guérif

Syros – collection Rat Noir – 2011

Pierre, lycéen solitaire et un peu nonchalant, s’apprête à passer un stage de trois semaines à la maison de retraite où travaille sa mère. Vite, il trouve les tâches répétitives et admet la dureté du travail. Les pensionnaires sont exigeants, souvent acariâtres. Et puis, il rencontre Edmond Braun, à la lucidité amère et bien décidé à ne pas mourir à petit feu dans sa chambre. En échange d’aide pour rédiger son rapport de stage, Pierre rapporte du whisky à Edmond. Une bouteille, puis quatre. Edmond va finalement demander à Pierre de se commettre dans un vol vieux de dix-sept ans…

Le titre est un hommage évident au Grand Sommeil de Raymond Chandler (1939), classique policier alambiqué. Ici, il est question de manipulation par une personne âgée envers un jeune un peu paumé, le narrateur Pierre. Malgré les mises en garde de sa mère et des aides-soignants, Pierre tombe dans le panneau parce que lui-même se sent mal : la première personne qui l’écouterait et lui promettrait une vie meilleure était susceptible de le charmer. La situation pointe le doigt sur les conditions de travail difficiles dans les maisons de retraite. « Mon boulot est dur, fatigant, mal payé », dira la mère en expliquant qu’il y a des chances à saisir dans la vie – elle parle alors des études, Pierre comprendra autre chose... Réaliste et écrit au présent, le roman semble clair. Ceci dit, tout se nuance à la fin, lorsque l’on découvre le relatif désespoir d’Edmond. A-t-il vraiment voulu exploiter Pierre ? Certainement, mais pourquoi ? Pour l’argent ou pour une fin de vie « digne », comme il ne cesse de le répéter ?... Car Le Petit Sommeil n’élude pas son contexte : les personnes âgées sentent mauvais, se plaignent sans arrêt, mais souffrent vraiment, etc. Il n’est pas courant de situer un héros jeune dans ce milieu autrement que sous un mode humoristique ou tendre. Ecrit à quatre mains (ça m'impressionne toujours), un roman en prise avec l’actualité, bien ficelé, très noir…

L’avis de Laure

IMG_6780

Posté par Sophie Pilaire à 19:50 - Romans ados et jeunes adultes - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : ,


24 mai 2012

Les Haut-Conteurs tome 2 - Olivier Peru et Patrick McSpare

Les Haut Conteurs tome 2 : le Roi Vampire

De Patrick Mc Spare et Oliver Peru

Scrineo Jeunesse – février 2011

Angleterre, 1190. Roland dit « Cœur de lion » est officiellement un Haut-Conteur à la cape pourpre. Il devient disciple de Mathilde la Patiente qui lui enseigne l’art de la Voix des rois, marque de sa caste qui vit en racontant des histoires – réellement advenues - de combats et de créatures fantastiques. Mais pour l’heure, une mission se fait plus urgente : retrouver l’upyr (le vampire) Vlad qui avait manqué tuer Corwyn le Flamboyant, et l’anéantir avant qu’il ne découvre un ou des secrets du Livre des Peurs. Ce Livre des Peurs renferme un pouvoir immense, et c’est pour cela que les Haut-Conteurs en rassemblent inlassablement les pages dispersées de par le monde, afin de le garder inoffensif. Roland, Mathilde, Ruppert et Salim se rendent pour ce faire à Paris où Vlad aurait trouvé refuge.

Ca y est, Roland prend son envol et quitte son petit village natal, où s’était intégralement déroulée l’action du premier tome. Il va découvrir la grande ville, et l’auteur en profite pour nous faire joliment visiter Paris au Moyen-Age, ses venelles et ses palais, ses petites gens et ses coutumes. Nous sommes à Noël, en pleine Fête des Fous qui permettent par ailleurs aux criminels d’agir plus facilement. On nous parle également de politique, Vlad étant lié à Jean sans Terre et Philippe Auguste, contre… Richard, lui aussi Cœur de lion. La quête de Vlad et toute la panoplie vampirique savent se faire discrètes, ou tout du moins enrobées dans des desseins supérieurs, des digressions solides.

Roland prend de l’assurance, développe ses propres opinions, et ce jusqu’à se méfier de ceux qui l’entourent : en effet, un Haut-Conteur disparu aurait été victime d’une traîtrise au sein du petit groupe… Cette idée dérangeante parcourt insidieusement tout le roman. L’intrigue se veut donc à multiples entrées – j'ai d'ailleurs oublié les Noirs Parleurs et Lothar Mots-Dorés - qui se croisent avec maîtrise, le tout sur une écriture de qualité et abordable. On compte de nombreuses batailles, mais aussi des moments de paix, voire d’humour. De nouveaux personnages qu’on espère pérennes apparaissent, et le jeune héros a même le temps de développer une petite attirance pour une certaine Elena (Elana… moi j’en reviens encore à Bottero !).

L’affaire Vlad voit une fin nette, mais le mystère reste entier autour du rôle de Roland, cité dans le Livre des Peurs, censé être une sorte d’élu pour les Haut-Conteurs… J’ai finalement de la chance de lire cette série longtemps après sa parution : je vais pouvoir me précipiter sur le tome 3 !!

 IMG_6781

Posté par Sophie Pilaire à 08:55 - Romans ados et jeunes adultes - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , ,

23 mai 2012

Matilda à l'heure d'été - Marie-Christophe Ruata-Arn

Matilda à l’heure d’été

De Marie-Christophe Ruata-Arn

La Joie de lire – collection Hibouk – avril 2012

Matilda Sanchez va au collège, est amoureuse mais pas trop, voit ses amis, rentre chez elle le soir… Elle mène une vie tout ce qu’il y a de plus normal et sage. Mais une broche en forme de cygne qu’elle trouve dans sa poche va bouleverser son quotidien. Le bijou fait partie des nombreuses pièces volées dans le quartier depuis quelques mois, et il n’a absolument aucune raison d’avoir atterri dans les affaires de la jeune fille. Aucune ? Au cours des promenades de chiens qu’elle réalise bénévolement pour une association d’aide aux aînés, Maltilda va rencontrer un trio de vieilles dames un peu trop délicieuses pour être honnêtes…

Ca démarre comme une enquête policière à la suite du père de Matilda lui-même de la partie, ça finit dans le spiritisme le plus étonnant, où le titre du roman trouve enfin son explication. Ceci dit, on est toujours dans le règlement de comptes (à travers le temps)… L’héroïne et narratrice, quoiqu’un peu agacée et angoissée de voir sans arrêt la broche lui revenir, prend les choses avec un relatif calme, et on suit estomaqué son parcours, se demandant bien où cette enquête sans queue ni tête va nous mener. Marie-Christophe Ruata-Arn le sait, elle, et elle entraîne le lecteur du self du collège au salon des sœurs Arckenbruck, en passant par le parc avec les vieux Charles et Kouki. Quitte non pas à nous décevoir, mais à nous laisser perplexe. C’est peut-être l’emploi du présent qui m’a déroutée, rendant les choses tellement proches que je me suis sentie un peu perdue. Enfin, le pacte de lecture est rempli, avec une fin fermée, et on ne peut nier la grande originalité de ce petit roman.

 IMG_6775

A noter la nouvelle collection pour ses romans de La Joie de lire, Hibouk : clin d’œil aux liseuses, format plus aéré, couvertures entièrement colorées… malin !

Posté par Sophie Pilaire à 09:04 - Romans junior - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : ,

Les Nouveaux Micropouvoirs de Ferdinand - Hélèna Villovitch

Les Nouveaux Micropouvoirs de Ferdinand

D’Hélèna Villovitch

Ecole des Loisirs – collection Neuf – avril 2012 

Je n'ai pas lu le premier tome, Ferdinand et ses micropouvoirs, mais cela ne m'a absolument pas empêchée d'adopter illico presto le petit Ferdinand, orphelin élevé par son grand-père Thierry et en mal de stabilité. A peine vient-il d'apprivoiser sa nouvelle école et de se faire des amis (Babouche, Gaufrette), voire une potentielle petite copine (Zibeline), que Thierry décide de déménager... en Amérique ! Aidé de ses petits pouvoirs fantastiques, Ferdinand convainc Thierry de le faire garder par Céline, sa fiancée. Mais voilà que Céline a l'appendicite. Ferdinand se retrouve seul dans la rue. Ses pas croisent alors ceux de Zibeline, dont la vie va se révéler bien plus compliquée qu'il ne l'imaginait : la petite fille modèle habite seule une maison en ruines... Ferdinand va tout mettre en œuvre pour aider sa dulcinée. 

Un peu de fantaisie dans le quotidien ! Si le narrateur Ferdinand a bien des pouvoirs magiques, ils s'insèrent avec tellement de naturel dans le récit qu'on finit par ne presque plus les voir. Le ton est tendre, optimiste, l'écriture simple et volontiers dialoguée. De fait, Héléna Villovitch a trouvé par là le moyen idéal de parler de faits de société graves aux jeunes lecteurs : il est en effet question d'abandon ou de négligence par les parents, de relations compliquées dans la famille... Aucun des jeunes héros ne parviendra à réenchanter sa vie – les micropouvoirs, ça a des limites -, mais l'histoire aura au moins prouvé l'importance des valeurs de solidarité et de générosité envers l'autre : que du classique dans l'idée, mais enrobé de beaucoup d'originalité, presque du doux déjanté. J'ai été enthousiasmée par ce roman qui sait dire l'amertume de façon sucrée, et je l'aurais même vu en première lecture, avec quelques coupes dans la narration et des illustrations (Magali Bonniol?). A la dernière page, on a presque envie de crier : « Courage, Ferdinand ! » 

L'avis de Clarabel

 IMG_6788

 

Trop mignon :

« Le lendemain, je me suis réveillé avec, comme tous les matins, le visage de Zibeline imprimé à l’intérieur de mes paupières. Mais dès que j’ai ouvert les yeux, la sinistre réalité est revenue à mon esprit. J’allais m’envoler à des milliers de kilomètres d’ici et ne plus jamais revoir celle que j’aimais. Ou bien je ne reviendrais que dans de très nombreuses années, et je serais devenu complètement américain. Je ne comprendrais plus le français, je ne m’exprimerais plus que comme les personnages des séries télé. Quant à Zibeline, elle serait sûrement mariée. Ou alors, elle serait devenue une actrice extrêmement célèbre et je ne pourrais même plus approcher de la loge du théâtre où elle trônerait au milieu d’énormes bouquets de fleurs. » (p. 33-34) 

Posté par Sophie Pilaire à 08:42 - Romans junior - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
Tags :

22 mai 2012

la Balade de Jordan et Lucie - Christophe Léon

La Balade de Jordan et Lucie

De Christophe Léon

Ecole des Loisirs – collection Medium – mai 2012 

Lucie, élève de quatrième moyenne, accepte de parrainer Jordan, léger handicapé mental de seize ans qui intègre une classe de sixième. La jeune fille a pourtant d'autres chats à fouetter : son père est au chômage, sa mère menace de divorcer... Elle a pris l'habitude de se réfugier chez sa grand-mère. Bientôt, c'est Jordan qui lui redonnera du courage, ou du moins l'apaisera. En effet, après une période de rejet intégral, la gentillesse innocente de Jordan va finir par percer la carapace de Lucie. Aux risques et périls de cette dernière, toutefois, tant l'esprit d'escalier du jeune homme recèle des surprises... 

La première partie du récit est assurée par Lucie, désabusée, cynique, solitaire derrière une apparence de collégienne lambda. Elle nous explique son ras-le-bol de la situation familiale, ses agacements face à un Jordan pot-de-colle. La seconde partie voit Jordan devenir narrateur. Il nous dit sa vie tranquille mais triste (sa mère est décédée), son intérêt pour Lucie qu'il juge différente des autres. On comprend mieux le fonctionnement par associations d'idées de son esprit dérangé, mais toujours affectueux. Lorsque l'un et l'autre commencent à s'apprivoiser, un narrateur externe prend le relais et les rassemble, lors d'une mémorable après-midi. Je ne peux guère en dire plus, mais attendez-vous à un final en forme de film hollywoodien... au cours duquel chacun accèdera à une forme peut-être pas de maturité, mais de découverte de soi-même. Jordan se révèle adolescent, Lucie s'octroie le droit de ne pas supporter ses parents. Ceci dit, la balade tournant court, ce ne sont que des possibles qui s'ouvrent devant nos héros. Ecrit simplement et avec une tendresse sincère pour les personnages, ce joli roman parvient à rendre légères des thématiques lourdes. On en ressort le cœur tout chaviré...

 IMG_6786 

« -… et pour aujourd’hui, comme il va bientôt être midi, je vous propose d’aller déjeuner avec votre parrain ou votre marraine… Personne ne bronche. Tous figés. Englués dans la gélatine de l’incompréhension. – Ils nous prennent pour quoi ? Des infirmiers psychiatriques ? me chuchote à l’oreille mon voisin normal. Lui aussi semble regretter son volontariat. Son débile a l’air d’un couillon de première catégorie. Je le plains. Le mien, je ne sais pas trop. Je n’ose pas le détailler. Une chose est sûre : côté carrosserie, il est entier. Côté moteur, en revanche, il doit lui manquer quelques boulons. » (p. 29)

 

Posté par Sophie Pilaire à 08:23 - Romans ados et jeunes adultes - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
Tags :


21 mai 2012

La Faute de Rose - Florence Cadier

La Faute de Rose

De Florence Cadier

Thierry Magnier – avril 2012

coeur2 coeur2

Dans un petit village d’Irlande, Rose, fille de cafetier, tombe amoureuse de Sean, berger et surtout étranger. Ses parents lui interdisent de le fréquenter. Alors, sur un coup de tête, les deux jeunes gens décident de s’enfuir. Mais le patron de Sean est assassiné. Sean, qui se dit innocent, est bouleversé : l’escapade romantique devient course-poursuite avec la police…

Lorsque Rose nous parle, elle est dans un couvent des sœurs de Magdalène, après l’arrestation de Sean qu’elle espère toujours voir venir la sauver. Rebelle aux mauvais traitements, elle est souvent mise en cellule, et c’est là, pour ne pas devenir folle, qu’elle se rappelle le passé et partant nous le raconte. De Sean, on ne saura pas grand-chose si ce n’est la gentillesse et la tignasse rousse : Rose elle-même hésite à le croire innocent, ne sait plus, mais aime encore. Son récit est terrible du réalisme que l’on peut supposer de la ruralité à cette époque, méfiante, arriérée, dure. Nous sommes pourtant à la fin des années 60 (cf concert de Rory Gallagher), mais la jeune génération, représentée par les frères de Rose, mettra en ces lieux du temps à construire de nouveaux modes de vie. Le quotidien des sœurs de Magdalène est toutefois bien pire que celui chez les parents, et on pense immanquablement au beau film de Peter Mullan. Le reste de l’épopée n’est lui pas sans rappeler un Bonnie & Clyde, tout aussi tragique – Rose, inconsciemment, ne se dit pas tout et les dernières pages feront frémir… Complet, rapide, sobre, ce roman écrit à la première personne en courts chapitre impressionne d’emblée par son sujet ; Florence Cadier a su trouver la bonne approche et le tempo pour le rendre renversant. A offrir à tous les jeunes d’aujourd’hui, qui réfléchiront à la liberté dont ils disposent…

IMG_6778

Posté par Sophie Pilaire à 08:50 - Romans ados et jeunes adultes - Commentaires [4] - Rétroliens [0]
Tags : ,

19 mai 2012

L'Etrange Parade de Benjamin Lacombe

Je n’en avais pas encore parlé : la médiathèque où je travaille accueille une exposition « rétrospective » autour de Benjamin Lacombe.

On a le droit d’aimer ou pas son univers – personnellement, j’aime -, mais force est de constater qu’il ne laisse personne indifférent : l'exposition a beaucoup de succès.

Et puis, une chose devient sûre quand on la visite : monsieur Lacombe est un peintre virtuose, un artiste du détail qui fait coller le nez, s’éloigner, se recoller le nez à chaque œuvre pour mieux en mesurer la construction et l’impact !

Quelques photos sur lesquelles vous verrez...

L'affiche avec le délicieux lapin (non, Fantasia, il ne se mange pas, celui-là) ---- Des tableaux de presque tous les ouvrages de l'artiste (et une jolie silhouette noire pour représenter chaque ouvrage) ---- Des vitrines en écho aux tableaux, remplies grâce aux fonds précieux de la bibliothèque ---- Un coin forêt avec L'Herbier des fées disponible en version numérique ---- Une avant-première avec des originaux de l'album Ondine à peine sorti.

IMG_6180

IMG_6711

IMG_6710

IMG_6712

IMG_6713

IMG_6714

IMG_6715

IMG_6716

IMG_6742

IMG_6723

IMG_6737

IMG_6732

IMG_6743

Posté par Sophie Pilaire à 08:16 - Albums - Commentaires [8] - Rétroliens [0]
Tags :

18 mai 2012

Le Livre de Saskia tome 2 : L'Epreuve - Marie Pavlenko

Le Livre de Saskia, tome 2 : L'Epreuve

De Marie Pavlenko

Scrineo Jeunesse – mars 2012

Saskia, jolie rouquine de dix-huit ans à la vie lycéenne sans soucis, vient de vivre son Réveil : elle découvre qu'elle est une Enkidar de la race des Faucheurs, possède des ailes et des dons, ainsi qu'une pierre magique protectrice (un kartan). Dans le même temps, elle perd brutalement sa mère adoptive et trouve un bel amant, Tod, prince Faucheur. Saskia semble un être particulier, peut-être à mi-chemin entre les Faucheurs et les Gardiens (les premiers récupèrent le dernier souffle des humains, les seconds les empêchent de mourir), et seule capable de les réconcilier. Toujours est-il que des Enkidars sectaires se mettent à la poursuivre pour la tuer. Tod conduit alors Saskia au Nid dont son père est le chef. La jeune fille y retrouve dans l'émotion son père biologique. Mais elle a beaucoup de mal à se plier aux us et coutumes des habitants du Nid...

J'ai beaucoup aimé le premier tome, qui mêlait habilement la vie humaine avec un monde de fantasy pas trop trop complexe. L'auteure jouait sur l'effet de découverte, sur le décalage entre nous et les Enkidars. Il y avait de l'angoisse, de l'émotion, mais aussi des moments de quotidien amusants et une narratrice Saskia qui restait circonspecte face à son nouvel état (lequel ne se déclarait d'ailleurs qu'à la fin du roman). Nous la retrouvons ici complètement gaga de Tod, et le premier quart du roman m'a subtilement agacée : encore une cruche incapable de se prendre en main ! Heureusement, Tod la bat froid – pas parce qu'elle le colle comme une glu, mais pour des raisons que nous ne saurons que plus tard dans le roman – et elle est obligée de se débrouiller un peu toute seule. Non sans en vouloir à la terre entière, remarquez. Mais enfin, bon gré mal gré, le roman reprend son souffle, le lecteur continue à s'interroger sur la place de la jeune héroïne dans le monde violent des Enkidars. Les dernières pages recèlent leur lot de révélations, et je suis contente d'être allée au bout rien que pour cela. Et puis, l'écriture rythmée, captivante ne s'est pas démentie, m'entraînant irrésistiblement vers le troisième et dernier tome, censé se passer à Paris. J'espère qu'on y retrouvera ce mélange des genres réaliste/fantastique qui m'avait tellement plu dans le premier roman.

saskia2

Posté par Sophie Pilaire à 08:53 - Romans ados et jeunes adultes - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : ,

17 mai 2012

Le Livre de Saskia tome 1 : le Réveil - Marie Pavlenko

Le Livre de Saskia, tome 1 : Le Réveil

De Marie Pavlenko

Scrineo Jeunesse – 2011

Saskia vit avec sa mère adoptive dans un petit village de la grande banlieue parisienne. Jeune fille globalement heureuse, elle est cette année toute entière concentrée sur son baccalauréat littéraire. Mais voilà qu’apparaissent deux nouveaux lycéens, Tod et Mara, qui, sous couvert amical, ne cessent de la suivre. Exaspérée, Saskia les pousse dans leurs retranchements. Elle apprend ainsi qu’elle est une « Enkidar », dotée d’un don qu’elle découvrira, liée fortement à une pierre qu’elle porte depuis toujours sur elle, et qu’il va bientôt lui pousser des ailes ! Les informations sont dures à avaler, même si Saskia se doutait que sa pierre, son « Kartan » avait des propriétés inconnues. Reste à savoir si elle deviendra une Faucheuse comme Tod, chargée de recueillir le dernier souffle des morts, ou une Gardienne, dont la tâche sera d’empêcher les hommes de se mettre en danger. En attendant, Saskia va être poursuivie par des membres d’un Surclan, qui semblent mal supporter ses prédispositions exceptionnelles.

J’ai découvert Les Haut-Conteurs il y a peu, et je continue mon exploration des éditions Scrineo, que j’avais bizarrement oubliées l’an dernier. Je continue à ne pas être déçue… Il ne s’agit pas ici à proprement parler d’anges christiques, tant mieux, la lutte entre le bien et le mal commençait à m’énerver. Ici, il fait aussi bon être un Faucheur qu’un Gardien. Nous sommes en présence de beaux et vigoureux jeunes gens, mais si Tod est bien sexy en diable, la narratrice Saskia se montre sous les traits d’une suffisamment bonne fille, bonne copine et bonne élève légèrement torturée pour ne pas faire de ses hormones le centre de sa vie. Elle admet qu’elle deviendra une Enkidar, mais ce n’est pas sans peine. J’ai adoré ce réalisme, ce côté méfiant qui permet à l’intrigue de se poser lentement, entre deux révisions d’anglais et une sortie du chien dans la forêt. Le combat final en Inde, avec son drame irréparable, en apparaît d’autant plus non pas crédible, mais naturel, coulant dans le déroulement d’une découverte progressive. Alors oui, le « Réveil » de Saskia au beau milieu de la bagarre, c’était sans doute un peu trop, mais on pardonne beaucoup à Marie Pavlenko, tant on la sent capable de parler aussi bien fantastique que psychologie adolescente. Bien écrit, avec juste ce qu’il faut de relâchement correct, ce premier tome est très très prometteur !

 

saskia1


IMG_6703

Le réveil ?  Quel réveil ?...



Posté par Sophie Pilaire à 09:00 - Romans ados et jeunes adultes - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
Tags : ,

16 mai 2012

Opération Gerfaut - Luc Blanvillain

Opération Gerfaut

De Luc Blanvillain

Quespire Editeur – mars 2012

Maxence s’apprête à passer un été lénifiant pour ne pas dire abrutissant. Mais Victor, son meilleur ami, a le projet d’explorer, comme ils le faisaient plus jeunes, une propriété privée un tant soit peu mystérieuse. Cette année, il prend pour cible le manoir de Mme Gerfaut, vieille veuve d’un autoritaire patron d’usine. Maxence, qui aurait préféré qu’on s’intéresse aux filles, finit par suivre et se prendre au jeu. De fil en aiguille, Victor (qui vient juste de perdre son père) se met en tête de résoudre un vieux conflit de famille chez les Gerfaut. Pour ce faire, nos héros partent à la montagne, et c’est le début du drame…

Attention, je dis « drame », car il y a effectivement de l’action frissonnante, de l’attente haletante et des sentiments touchants pendant toute la deuxième partie du roman. Mais il ne faudrait pas oublier la marque de fabrique de Luc Blanvillain, son humour pince-sans-rire que je trouve personnellement irrésistible. C’est le quatrième roman que je lis de cet auteur, et je n’ai jamais été déçue : immanquablement, même lorsque la situation s’avère urgente ou mortelle, je pouffe, je rigole bêtement à en réveiller Fantasia.

Au présent et le plus souvent en discours indirect libre qui permet de plonger dans les pensées des uns et des autres, le narrateur externe suit les nombreux personnages : Maxence qui grandit et applique aux filles de son âge l’exemple du divorce de ses parents, Victor un peu meurtri de la disparition de son père qu’il entend lui parler, Mme Gerfaut accrochée à sa dignité et son thé-brioche, Georges le tendre aux airs de gros dur, Noémie la blindée jamais contente... Comptons aussi sur Ferdinand l’amoureux éperdu depuis soixante ans, Yvonne dite « la folle-aux-chats », deux ados débiles qui se découvrent un cœur, etc. Dès qu’une nouvelle figure apparaît, et ce même pour seulement quelques paragraphes, l’auteur la croque et s’en moque (gentiment) en quelques phrases bien tournées.

Expliquer la multitude de situations drôlissimes ou les imbrications de ce(s) secret(s) de famille(s) à tiroirs serait impossible. Les petits chapitres sautent d’une situation à l’autre, c’est virevoltant de phrases courtes, apparemment sans queue ni tête mais en fait maîtrisé avec audace : l’intrigue n’est jamais bradée derrière l’humour. Mieux, elle nous parle de l’adolescence, coincée entre technologies des écrans et envies de courir sur le terrain de l’aventure. Maxence le blasé n’abandonnerait jamais son Victor, tandis que ce dernier se révèle enfin aux filles... J’ai dévoré et adoré ce petit roman carré : vous serez scotché d’attention ou tortillé de rire, mais jamais indifférent !

IMG_6777

Posté par Sophie Pilaire à 08:38 - Romans ados et jeunes adultes - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
Tags :