Quand on s'embrasse sur la lune

de Stephen Tunney

traduit de l'américain par Dorothée Zumstein

Albin Michel jeunesse – collection Wiz - 2013

Hyéronimus est un cent pour cent lunaire. Avec des yeux d'un reflet insupportable pour les autres (une quatrième couleur primaire que le gouvernement s'obstine à voir comme une maladie), il ne peut ni quitter ses lunettes de protection, ni partir de la lune – au grand désespoir de sa mère dépressive. Il rencontre une terrienne en vacances, plus curieuse que les autres, qui l'embrasse et l'oblige à lui montrer son regard. Elle en devient folle pour quelques heures. La jeune fille est alors repérée par la police, laquelle se lance à la recherche de Hyéronimus. Accompagné de deux amis, ce dernier va alors fuir, jusqu'à la face cachée de la lune...

C'est un étrange roman au rythme lent, au développement tâtonnant et au message lui-même hésitant. Le narrateur externe se balade entre le lunaire et la terrienne, dans un mouvement d'un naturel parfait qui efface l'absence apparente de structure. On avance donc dans le récit sans trop savoir où on va, envoûtés et perturbés à la fois. La défense des libertés et des différences est bien sûr au cœur du propos, mais, souvent noyé dans des un environnement et des façons étonnantes, cet engagement ne fait que se suggérer.

Il y a cette fameuse couleur qui, on le voit, bouleverse tant de vies (jusqu'au policier obsédé). Il y a des élans polaires, des colibris géants et des gorilles des neiges. Il y a - encore et toujours – une construction sociale entre riches et pauvres, entre lunaires et terriens, entre « têtes » du lycées et « tarés » (Hyéronimus appartient d'ailleurs aux deux clans scolaires). Il y a l'anonymat total des instances gouvernantes, et un monde brutal, qui semble tellement gigantesque que l'humain ne peut y être qu'un numéro. Le jeune héros est une victime de cette société, et, poussé par on ne sait quel instinct - un amour adolescent ? on n'y croit en fait pas trop - et par l'intelligence de son amie Slue, il va révolutionner l'univers qui lui est imposé. Ou pas, car il se laisse souvent emporter par ses sentiments personnels, et parce que la fin ouverte n'est pas claire... C'est un bien étrange roman.

En général, je suis une rationnelle qui aime tout savoir ou presque à la dernière page, qui adopte les héros à condition qu'ils se livrent un minimum à moi. Quand on s'embrasse sur la lune m'a donc bousculée, et puis faite rêver. Il y a des repères de type policier, de type dystopie aussi, mais il y a surtout une petite musique très originale - et une couleur délirante :-) - sur lesquelles je me suis laissée bercer ! Et depuis, je ne cesse d'imaginer cette fameuse quatrième teinte primaire...

IMG_7684

Absente de la photo, Fantasia tenait à faire savoir qu'elle aussi a de beaux yeux bleus...