Chicago, aujourd’hui. Alex appartient au gang mexicain des T-Blood. Britanny est une jeune fille de bonne famille, capitaine des pom-pom girls. Tout les oppose, ils doivent pourtant travailler ensemble sur un projet au lycée en chimie. Résistant d’abord à une attirance physique, ils apprennent peu à peu à s’apprécier et se connaître. Ou plutôt à connaître les failles de chacun : Britanny se veut parfaite auprès de sa famille pour compenser le handicap mental de sa grande sœur, Alex supporte les activités illégales du gang dans le but de protéger sa mère et ses frères. Mais leur amour ne sera pas facilité par leur environnement…

C’est l’éternelle histoire, de Roméo et Juliette à West Side Story, en passant par Grease : un amour rendu impossible par des différences sociales. D’ailleurs, un des personnages secondaires le dit lui-même à Alex : « Toi tu te prends pour Danny Zuko dans Grease. Tu fumes, tu fais partie d’un gang et tu es sorti avec les pires tigresses du coin. Britanny, elle, ressemble à Sandy… Une Sandy qui ne se montrera jamais au lycée en veste de cuir noir, avec une clope au bec. Oublie ce fantasme. » (p. 140). C’est romantique et triste comme un mouchoir à dentelles, dans une ambiance contemporaine - Ralph Lauren et BMW pour Britanny, tatouages et drogue pour Alex.

Déjà vu ? Sur le créneau du roman sentimental sans risques, Simone Elkeles a la bonne idée d’approfondir le caractère des deux héros en faisant alterner leurs voix à chaque chapitre. On découvre alors des adolescents sensibles, des jolies âmes derrière les apparences. Leurs difficultés quotidiennes, leurs relations avec leurs familles respectives pourraient être celles de n’importe qui et nous les rendent proches. Britanny s’émancipe au contact d’Alex, tandis que celui-ci sort d’un cercle vicieux et destructeur grâce à elle. C’est construit avec un certain sens du rythme, de l’évolution de l’intrigue. Après moult scènes « torrides », la Première Nuit d’Amour est (un brin) ridicule, cependant elle fait aussi avancer l’action – Brittany a sciemment distrait Alex d’une mission pour le gang, mortelle. La fin trahit une vision de la vie un chouïa conservatrice, l’épilogue assure un drôle de petit clin d’œil. Bref, ça se lit comme un dessert croustillant : on sait globalement le goût qu’il aura, mais on apprécie les petites surprises.

Une suite a été écrite (pas encore traduite) : The Rules of attraction, qui met en scène le jeune frère d’Alex, amoureux de la fille d’un professeur… Eternelle histoire, je vous dis !

L’atmosphère de la vie de famille d’Alex m’a fait penser à un joli film de Richard Glatzer, Echo Park (2006). Pas grand-chose à voir avec Irrésistible Alchimie en ce qui concerne l’histoire, mais une même plongée chaleureuse dans une communauté latino.

Irrésistible Alchimie

De Simone Elkeles

Traduit de Cyril Laumonier

La Martinière – collection Fiction J – février 2011

13,90 euros

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