Retour à Paradise

De Simone Elkeles

Traduit de l’américain par Sabine Boulongne

De La Martinière jeunesse – collection Fiction J – 2013 

Nous avions laissé Caleb et Maggie séparés à la fin de Paradise, après une brève mais intense histoire d’amour entre le jeune homme et sa fausse victime. En effet, Caleb a été condamné pour avoir renversé en état d’ivresse la jeune fille, restée depuis handicapée à une jambe. Habitant dans la même ville, contraints de se côtoyer, ils avaient d’abord succombé à une paradoxale attirance réciproque avant de se rétracter. Et avant que Maggie ne comprenne que Caleb n’est pas celui qui l’a blessée…

Dès les premières pages de Retour à Paradise (a priori dernier tome), les deux jeunes gens se retrouvent au sein d’un programme institutionnel baptisé RESTART, destiné à aider des jeunes en difficulté à repartir sur de bonnes bases. Il s’agit d’un pur hasard (comme on les aime) : Caleb, fugueur et sans domicile fixe, est encore une fois accusé à tort de trafic de drogue, tandis que Maggie a besoin de continuer à affirmer sa confiance en elle. Et le jeu du chat et de la souris recommence… S’aimer, ne pas s’aimer, dire la vérité ?

J’ai eu un peu peur au départ que Simone Elkeles ne tire sur une ficelle dramatique alors que tout avait déjà été dit. Ce n’est pas le cas, étant donné que, si Maggie s’est plus ou moins reconstruite, Caleb reste en roue libre. Heureusement, son responsable pédagogique a décidé de le suivre attentivement, et Maggie n’a pas totalement renoncé à ce beau garçon torturé. C’est très lentement, partagé entre sa loyauté à la personne qui a commis l’accident de voiture, entre ses sentiments pour Maggie qui l’émeut alors qu’il ne la trouve pourtant pas jolie, entre une envie de s’étourdir afin de ne pas affronter les problèmes, que Caleb va faire des choix – volontaires ou par défaut - et revenir à Paradise.

J’ai trouvé alors les scènes chez ses parents très dures, avec une mère qui n’a pas pu accepter que son fils aille en prison, un père plus ou moins indifférent à ce qui dérange son quotidien, une sœur mal à l’aise mais pas courageuse. Caleb est un étranger pour sa famille, et cela l’incitera d’autant plus à prendre son propre envol et construire quelque chose avec Maggie, enfin.

Il y a des milliers de nuances dans ce roman alternativement raconté par chacun des deux héros. Simone Elkeles rend finement les incompréhensions de part et d’autre, les mauvaises interprétations des sentiments qui peuvent avoir des conséquences lourdes. Elle rythme son roman avec précision, en des mouvements posés et dynamiques à la fois : les personnages ont le temps d’explorer leurs émotions, mais il leur faut aussi rebondir en fonction de leur environnement. L’impression de vie est forte, celle de trouble aussi. Décidément, le style de Simone Elkeles, à la croisée du social, de l’intime, et aussi du sentimental, ne se laisse pas aisément définir. Le mieux, c’est de le lire…

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