Attirance et confusion tome 1

de Simone Elkeles

traduit de l'américain par Cyril Laumonier

De la Martinière jeunesse – collection Fiction J - 2014

Riche héritier d'entreprises de textile (il le cache), Derek a perdu sa mère et voir rarement son père, militaire. Il suit des études dans une école privée jusqu'à son renvoi : le garçon, brillant, est aussi joueur. Il retourne alors auprès de Brandi, la nouvelle et jeune femme de son père.

Garçon manqué, capitaine de son équipe de football américain au lycée, Ashtyn n'a plus de nouvelles de sa mère partie, communique peu avec son père et regrette le départ il y a sept ans de sa grande sœur Brandi.

Lorsque Brandi, enceinte, décide de revenir à Chicago, c'est aussi l'occasion pour Derek et Ashtyn de se rencontrer. Et de se haïr de manière trop apparente pour être honnête...

Simone Elkeles a le dont des intrigues campées avec réalisme, des situations naturelles, des dialogues convaincants et des personnages crédibles, en souffrance mais pas trop. Avec son héroïne sauvage qui parvient à s'imposer dans un monde d'hommes et son jeune premier ironico-sensible – un mélange tonique -, elle fait tout de suite mouche, d'autant plus que son procédé déjà employé d'alternance des voix relance sans cesse l'attention.

Qu'il y ait romance, soit, nous sommes dans le young adult le plus pur. Qu'elle ne reste pas platonique, on ne peut que l'apprécier au regard d'une Amérique pudique. A la fin de ce premier tome (il y en aura trois), Derek et Ashtyn sont amoureux et se le disent : on a cessé de tergiverser, tant mieux. Cependant, le jeu de je-t'attire-moi-non-plus prend parfois le pas sur le reste (famille, deuil, place des femmes dans la société...).

J'ai aussi regretté certains propos désolants de la jeune fille : « Là, maintenant, mon instinct de femme me pousse à le protéger et à le soigner » (p. 151). Un siècle de féminisme balayé... Derek est beaucoup plus radical dans son ambiguïté : il a peut-être compris qu'Ashtyn a besoin d'attention, mais son personnage, mal à l'aise sous l'insolence, le pousse à rester globalement mufle jusqu'au bout. Narrativement, c'est très porteur !

Attirance et confusion, un peu desservi par son titre et sa couverture, réussit malgré tout une synthèse impossible : parler pertinemment du monde qui nous entoure à partir de deux adolescents se comportant avec plus ou moins de niaiserie. Je vais suivre ! (Accessoirement, j'ai appris plein de choses sur le football américain).

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J'ai adoré la grand-mère chic de Derek :

« -Doux Jésus, que fabriques-tu donc, Derek ? crie ma grand-mère depuis le perron. - J'arrange le cabanon. - Engage plutôt quelqu'un pour faire ça. - Pourquoi engager quelqu'un alors que je peux le faire moi-même ? Elle pointe sur moi un doigt autoritaire. - Parce que cela contribue à l'économie, si tu engages quelqu'un, la personne a plus d'argent pour acheter. C'est la base, Derek. » (p. 315)

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