Enfant dans les années 70/80, Guillaume Guéraud n'avait pas la télévision comme ses camarades d'école. A la place, sa mère l'emmenait dans les salles obscures, lui donnant une éducation cinéphilique de premier ordre, et le marquant sans le vouloir à vie.

La composition de cette autobiographie est simple, éminemment plaisante : des courts chapitres en "je", au présent, mettent chacun un film à l'honneur, bout de script à l'appui final. On apprécie évidemment les références, on brûle d'envie de voir ou revoir les oeuvres. Mais l'air de rien, chaque passage au cinéma illustre aussi un événement important de la vie du jeune garçon : l'oncle communiste se lie aux Temps Modernes de Chaplin, les premiers émois à Duel au soleil, la rupture amoureuse aux Griffes de la nuit de Wes Craven, etc. Surtout, on comprend que les films permettent au héros de canaliser au mieux les chocs de l'adolescence : si Guillaume aime les images violentes, c'est qu'elles lui disent qu'il est comme les autres, lui, petit cinévore solitaire de la banlieue bordelaise... Bien ancré dans la première période mitterrandienne, écrit sur une tonalité très sincère, ce court ouvrage éclaire avec acuité l'ensemble des écrits de l'auteur, adepte de l'hyper-vivant, de l'émotion brute. Sans la télé se révèle peut-être ainsi l'ouvrage central, le pivot de l'oeuvre d'un artiste doué.

Sans la télé

De Guillaume Guéraud

Rouergue – septembre 2010

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