Anka

De Guillaume Guéraud

Rouergue – collection DoADo Noir – janvier 2012

Ca commence fort : un policier annonce abruptement à Marco, seize ans, la mort de sa mère. Mais madame Fontan en était une autre, jeune roumaine qui a fait un mariage blanc avec son père contre de l’argent, il y a dix ans. Le secret dévoilé avec un certain embarras, la famille entend oublier l’épisode. Pas Marco, très troublé, et qui veut en savoir plus sur cette Anka Petrescu.

A la fois drame de société et drame familial, Anka joue énormément sur l’incommunicabilité entre les êtres. Le père de Marco ne connaît pas Anka, les parents n’ont jamais rien dit à leurs enfants, la grande sœur refuse d’en parler avec son frère, le père ment au proviseur du lycée, Marco n’obtient que des informations parcellaires sur Anka et il dialogue en italien avec le frère roumain de la jeune femme. Etc, etc. D’Anka, nous n’avons finalement que de courts passages en italique qui racontent à l’envers sa vie en France, parcours malheureusement si commun. A partir de cette incompréhension générale, la tension monte chez le narrateur Marco, que l’on devine déçu par les adultes, à la recherche d’un monde plus pur. Lui ne contrôlera pas sa parole, quitte à exprimer tout et n’importe quoi (le brutal « je ne t’aime pas » à Marion), et autre chose que son malaise.

Sentant bien que cela ne suffit pas, il passera à un mode plus basique de communication, à savoir la violence… Ca « crépite » dans sa tête, comme il nous le répète à l’envi. Et alors que quelques mots choisis, une attention bienveillante auraient certainement apaisé la situation, les conséquences seront certainement terribles pour le jeune homme.

Un roman sans concessions qui questionne avec force notre société et ses lâchetés, héritage impossible à assumer pour les générations à venir.

A lire sur le même sujet : J'me sens pas belle de Gilles Abier (Actes Sud junior, 2011), qui mêle également questions personnelles et de société.

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« […] non, je ne me posais aucune question, valait mieux pas que je cherche à comprendre, entre mon père qui s’était marié avec elle pour mille cinq cent euros et Francis qui se faisait du fric sur le dos des clandestins, entre ces ordures de notaires et ces propriétaires de merde, sans compter toute cette misère à Marseille et à Bucarest et ailleurs, si on voulait faudrait remonter à la préhistoire, au temps où les hommes ont domestiqué le feu, voilà, mais c’était ici et maintenant que la haine me tombait dessus […] » (p. 104)