Elle est où la ligne ?

De Davide Cali

illustré par Joëlle Jolivet

Oskar Editions – collection Trimestre – 2013

Tout est une question de lignes, nous raconte Davide Cali. Arrivé par une ligne de train à Paris parce que ses parents ont franchi la ligne du désamour, un jeune garçon attend sa grand-mère (il y a une grève). Il rencontre « Victor Hugo », un sans domicile fixe qui lui a carrément franchi les lignes de la société. Autour d'un sandwich au fromage, alors que Victor déploie sa théorie de l'eau qui sèche au soleil et qu'on ne revoit plus (G.D.E., c'est Gare de l'Est, mais aussi Gare des Evaporés), Thomas, introspectif, lui explique sa philosophie des lignes. Les deux se comprennent, se complètent. La grand-mère arrive, Victor disparaît, la vie continue.

Le moment est bref, mais l'échange intense, rendu en phrases sobres au présent à travers le narrateur Thomas, et amplifié par les illustrations sombres, jeux d'ombres, de Joëlle Jolivet. Microcosme, lieu de passage, encore synonyme de départ, la gare est sans doute le lieu par excellence pour réfléchir à l'existence, et tout se situe entre deux annonces au micro, sur un petit coin de quai.

Le jeune Thomas, d'une maturité qui l'effraie un peu lui-même, est un enfant comme il s'en trouve sans doute peu, mais plus qu'on ne le pense dans les familles recomposées d'aujourd'hui. Davide Cali se glisse dans sa tête et parvient paradoxalement, sous l'essence ici un peu aride de son écriture, à rendre compte du bouillonnement des pensées de son héros. Figure gouailleuse, mais très sensée, le curieux clochard n'est pas en reste.

Et le lecteur referme le livre songeur, désormais convaincu que les choix sont des lignes, heureusement réversibles dans certains cas, et qu'elles fondent la si fragile humanité... A lire dès 10/11 ans, avec l'envie d'ouvrir son esprit (c'est toujours le cas dans la collection Trimestre !).

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