Dans un coin de la cuisine, un petit garçon observe le grillon crissant dans sa cage d'or. Que fait-il là ? L'arrière-grand-mère répond qu'il apporte le bonheur dans le foyer. Un soir, le grillon s'adresse à Lao et lui demande de le libérer. Après beaucoup d'hésitations, Lao libère le prisonnier. Des malheurs de tous ordres s'abattent alors sur la famille. Puis, l'insecte chanteur revient avec une compagne, la promesse de petits à venir, et tout revient à la normale dans la maison.
Il s'agit d'un petit conte rempli de sagesse, qu'on imaginerait volontiers asiatique tel que le cadre le suggère, mais qui reste de toute façon universel par son joli propos : le bonheur ne se commande pas, il se laisse simplement approcher. L'écriture douce, à la première personne (Lao), adopte une hauteur enfantine centrée sur le quotidien, la sphère intime de la maison.
Et quelle maison ! Jardin luxuriant, pièces soignées aux couleurs vives, bassin de nymphéas.. un habitat japonais ou chinois traditionnel de toute beauté. Les habitants sont à l'avenant, visiblement aisés en kimonos richement brodés. On retrouve le style de Gustav Klimt ainsi que l'omniprésence de la nature, comme David Sala les avait utilisés dans La Colère de Banshee (également en collaboration avec Jean-François Chabas, Casterman, 2010). C'est opulent et élégant, superbe de près comme de loin : motifs cloisonnés ou impressionnisme des végétaux. Ces illustrations se prolongent de fins dessins en arabesque dans le texte à la typographie par contre très sobre – la mise en page ne détonne pas non plus. Et puis, joie féline, le jeune Lao est suivi dans absolument toutes les pages par un chat bleu aux yeux jaunes, à la longue queue arrondie. Le petit bonheur qui rend l'album indispensable aux yeux de Fantasia !
Le Bonheur prisonnier
de Jean-François Chabas
illustré par David Sala
Casterman – janvier 2011
14,95 euros
Mon nouveau copain, tout bleu !
Fantasia se permet de critiquer les photographies de Sophie, qui ne rendent pas du tout rendu compte de la luminosité du travail de David Sala. Si c'était elle qui avait eu l'appareil, hein...