Nous sommes en 1980 à New-York. Miranda vit avec sa mère – acharnée à la préparation d’un concours télévisé -, et plus ou moins un gentil beau-père, Richard. Sa vie est rythmée par l’école et les trajets à pied dans la ville, en compagnie de Sal, son ami d’enfance. Mais peu à peu, Sal s’éloigne, et Miranda se met à recevoir des messages énigmatiques…

Composé de très courts chapitres commençant tous par « des choses… » (blanches, qui s’émiettent, qui guérissent, crasseuses…), le roman fait la part belle aux petits événements de la vie quotidienne de Miranda. Ses amis, les rues de la ville et leurs habitants, le magasin de sandwichs près de l’école, le clochard un peu fou qui se couche sous la boîte aux lettres… la jeune narratrice observe et livre absolument tout à son lecteur, de la pastille de vitamine C que l’épicière lui donne aux questions du jeu télévisé de sa mère, en passant par le régime sans gluten de son amie Julia. Parce que Miranda est attachante et sincère, parce qu’on lui fait confiance étant donné qu’elle raconte l’histoire a posteriori, on se laisse bercer, envoûter, avant de comprendre que les rebondissements et explications se nichent dans cette multitude de détails, justement ! Du coup, on devient attentif, on cherche qui peut envoyer ces messages sibyllins et prophétiques à l’héroïne : de fausse piste en idée ratée - et elles sont nombreuses -, le mystère demeure jusqu’aux dernières pages.

La découverte est ravissante, inattendue. Fantastique sans vouloir l’être, très tendre dans son atmosphère, Hier tu comprendras sait nous mener par le bout du nez ! Le jeu intellectuel sur les conséquences des manipulations du temps peut paraître un peu confus lors d’une première lecture ; il suffit de le mettre simplement de côté, de comprendre où l’auteur veut grosso modo en venir, et de marcher sur les pas de Miranda, une toute jeune fille sympathique qu’il serait dommage de ne pas connaître. Comme l’auteur le dit elle-même sur son site : “The most important thing to know about writing is that there are no rules”…

Hier tu comprendras a reçu le Newberry Medal 2010, un fameux prix de littérature jeunesse aux Etats-Unis.

Hier tu comprendras

De Rebecca Stead

Traduit de l’américain par Anne Delcourt

Nathan – janvier 2011

13,50 euros

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Fantasia (qui ne sort jamais de chez elle, mais bon) vous recommande de prendre modèle sur la maman de Miranda :

"Les règles de maman sur la vie dans une grande ville :

1. Toujours sortir ses clés avant d'arriver à la porte.

2. Si un inconnu traîne devant l'immeuble, ne jamais entrer. Faire le tour du pâté de maisons jsuqu'à ce qu'il soit parti.

3. Anticiper. S'il y a quelqu'un qui a l'air bizarre, ivre ou dangereux un peu plus loin sur le trottoir, traverser, mais discrètement. Comme si c'était prévu depuis le début.

4. Ne jamais montrer son argent dans la rue." (p. 37)