Divergent

De Veronica Roth

Traduit de l’américain par Anne Delcourt

Nathan – collection Blast – octobre 2011

15,90 euros

 

Lu, aimé (beaucoup) puis laissé reposer : l’anticipation aventureuse et angoissante, bref la dystopie, c’est comme le Nutella : ça se déguste tranquillement.

Chicago, dans un futur plutôt lointain. La société se divise en cinq groupes prédéfinis, harmonieux pour un équilibre global : les Altruistes, les Audacieux, les Sincères, les Erudits et les Fraternels. A l’âge de 16 ans, chaque jeune choisit une faction en fonction de sa personnalité. Beatrice, Altruiste de par ses parents, n’a pas d’affinité particulière ; elle est une divergente, dangereuse car sa liberté de penser peut menacer la stabilité du gouvernement. Par défaut, elle se tait et devient Audacieuse. L’apprentissage n’est sans doute pas le plus facile, mais il lui donnera des billes dans le combat qui s’annonce. Les Erudits ont en effet décidé de prendre le pouvoir…

L’idée de base est captivante parce que très crédible. Si on y réfléchit, elle pousse juste à bout un découpage que les Grecs antiques avaient déjà initié autrement… Mais l’intrigue va être surtout effrayante parce que considérée du point de vue d’un seul groupe, le plus brutal et explicitement arbitraire. Rien que pour devenir Audacieuse, Beatrice, rebaptisée Tris, risque plusieurs fois la mort : exercices physiques éreintants, entraînement psychologique insoutenable. Si le beau Quatre ne l’avait pas prise sous son aile, aurait-elle survécu aux brimades d’Eric et Peter ? On est complètement happé par la lente progression du classement des aspirants Audacieux, et j’ai beaucoup apprécié de ne pas suivre exclusivement Tris mais aussi ses compagnons, chacun doté d’un caractère, d’une volonté (positive ou négative) : avec ces personnages secondaires soignés, le roman gagne en ampleur.

Hors du QG des Audacieux, se développent de sombres manœuvres politiques, actions de quelques ambitieux pour dominer la masse. Objectivement, Veronica Roth ne place donc aucun espoir en la démocratie… Pour le lecteur, la révélation sera rapide et violente, la narratrice Tris n’ayant absolument rien vu venir depuis la « fosse ». L’inévitable grand combat est suffisamment concis pour ne pas diluer la fin sanglante (on perd des héros). Avec toute une société à renconstruire, le deuxième tome de cette trilogie s’attend avec gourmandise, mais aussi, Nutella bien dosé, avec une certaine patience.

Ca grouille, ça complote, ça aime, ça vit, meurt ou tue : un premier roman qui a (pour moi) la grande intelligence de ne pas jouer que sur son couple de héros, mais encore sur des implications politiques fortes.

 divergent

« Tandis qu’on se dirige vers la fosse, je répète la citation de Will : ‘Je crois aux actes de courage ordinaire, au courage qui pousse une personne à prendre la défense d’une autre’. C’est une belle pensée. » (p. 186)

Les avis de Sophie Hérisson, Bladelor, Clarabel, Francesca