Ne t'en va pas

de Paul Griffin

traduit de l'américain par Nathalie Azoulai

De La Martinière jeunesse – 2013 

Mack et Céce travaillent dans un restaurant tenu par le vieux et adorable Vico. Le jeune homme a vécu une enfance difficile, il sort d'une maison de redressement et tente de canaliser son passé en s'occupant de chiens blessés. Elle a une mère alcoolique et un grand frère formidable, Tony ; son ambition est d'obtenir une bourse afin d'entrer à l'université. Contre toute attente, Mack et Céce vont se plaire, un peu poussés par Tony. Et puis ce dernier intègre l'armée, laissant sa mère et sa sœur dans l'inquiétude. Céce se raccroche à son nouvel et intense amour pour Mack, tandis que celui-ci entrevoit enfin un avenir apaisé. Mais un jour, un voisin de Mack empoisonne Boo, la chienne qu'il avait longuement soignée puis dressée. Mack voit rouge et tue l'homme. Il se retrouve en prison pour de nombreuses années, et refuse de voir Céce...

Immédiatement, on pense à Simone Elkeles, et à sa façon si naturelle de mêler considérations sociales et histoires d'amour (impossibles). Aussi bien Mack que Céce, prenant alternativement la parole, apparaissent comme broyés par une machinerie supérieure qui leur aurait assigné une place à ne plus quitter. Issu de milieux défavorisés, leurs chances de s'en sortir existent pourtant. Mais tout se passe comme s'ils les sabotaient exprès les unes après les autres – les études de dresseur pour Mack, l'examen d'entrée à l'université pour Céce... Au final, l'un reste en prison et l'autre ne fera pas d'études. C'est une vision déterministe, et pour le coup angoissante, du roman qui ne fait d'ailleurs pas mystère de sa dureté.

L'autre, belle et puissante, s'axe sur l'amour des deux héros par-delà la séparation, sur une attirance clairement présentée comme irrésistible, et surtout éternelle. Alors, même si on a l'impression que leurs actions bouchent leurs avenirs, elles résulteraient de choix personnels offrant un bonheur largement compensatoire. Dans ce sens, le roman est très positif ! J'y raccrocherai la relation avec les chiens, ces pitbulls cabossés que d'aucuns condamnent, mais qui cachent des trésors de tendresse sous leurs canines retroussées. Comme le dit si bien Mack, l'amour des bêtes est sans limites, inconditionnel, et il illumine la vie la plus triste – pour preuve, l'homme tué par Mack élevait des chats...

Sous la couverture racoleuse se cache un roman que j'ai beaucoup apprécié, écrit sans forcément de recherche littéraire mais pulsant de sincérité. Vous me direz que c'est à cause des animaux... Mais non, il se dégage un charme indéniable de ces quelques mois (le roman se découpe chronologiquement) durant lesquels Mack et Céce se seront rencontrés, aimés, et auront pris le meilleur de chacun pour se nourrir soi-même et trouver sa voie.

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