Dog Lands

De Tim Willocks

Traduit de l’anglais par Benjamin Legrand

Syros – mars 2012

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Furgul (« brave » en langue des chiens) est né d’un chien-loup libre comme le vent et d’une femelle lévrier gagneuse de courses, maltraitée par son éleveur. La mère de Furgul parvient à le faire évader avec ses trois sœurs – non sans soubresauts et pertes. Furgul est d’abord récupéré par une famille aimante mais son caractère indépendant reprend le dessus. Il connaîtra la fourrière, la violence, passera un trop court moment avec son père, rencontrera une humaine qui parle le langage chien, avant de se lancer avec ses amis d’infortune dans le sauvetage de sa mère et des lévriers de l’élevage.

Auteur de littérature adulte, Tim Willocks possède lui-même un Feargal au passé lourd et mystérieux, et le roman, qu’il dit avoir écrit d’un seul jet, se ressent d’une sincérité et d’un amour évident pour les animaux en général. Il a choisi un narrateur externe, mais le fait se plonger au cœur des pensées du héros Furgul. Ici, les animaux ont des émotions paradoxalement brutes, entières et finalement développées. Ils aiment, ils haïssent, ils ont envie, ils craignent surtout – l’incompréhension homme/animal vient presque toujours de là. Ils ont aussi la parole, et le procédé, d’un côté amusant, se révèle de l’autre côté une gageure pleinement réussie : très vite, le lecteur s’identifie au chien, et peut même aller jusqu’à remettre en cause ses propres comportements d’humain. Lesquels ne sont pas très reluisants : étouffés d’amour ou instrumentalisés avec violence (physique ou psychologique), les animaux ne sont presque jamais respectés. De nous, ils entendent des cris répétitifs, martelés sans aucun sens et significatifs de reproches la plupart du temps.

Heureusement, la gent canine vit encore de l’espoir d’une contrée mythique, les Dog Lands, qui correspondent en fait à une philosophie de vie et de sagesse. Sur les traces de son père, guidé par les vents qui transportent les voix de tous les chiens disparus, Furgul va conquérir dans son âme ces Dog Lands. La délicate touche fantastique apaise le réalisme choquant du roman, qui renvoie systématiquement l’homme à ses incohérences. Furgul ne veut que sa liberté, mais comme nous nous la refusons à nous-mêmes, nous estimons que plus rien ni personne n’y a droit. En ce sens, et encore une fois (Fantasia l’avait déjà dit), l’animal est bien plus intelligent, proche de la nature et de sa nature que l’humain.

Ce très beau livre court sur un rythme haletant tout du long de son récit tendu, très fort ; déclaration d’amour et dénonciation implicite, il ne laissera personne indifférent – pensez à votre petit mouchoir au début. 

A lire aussi :

L’Appel de la forêt de Jack London : une comparaison troublante dans les va-et-vients de l'animal entre la société des hommes et celle, libre, des loups, même si Buck servait avant tout de prétexte à London pour parler de la ruée vers l’or.

Lady, une vie de chienne de Melvin Burgess : Burgess voulait établir un parallèle entre la sexualité animale très libre et celle des humains, donc pas grand-chose à voir avec les intentions plus simples de Dog Lands. Mais l’écriture et la façon de se glisser dans un monde canin se ressemblent...

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