Princesse Vinyle

d'Yvonne Prinz

traduit de l'américain par Madeleine Nasalik

Albin Michel – collection Wiz – janvier 2012

 

Allie vit avec sa mère à Berkeley en Californie. Amatrice pointue de musique des années 60 à 80, adversaire du téléchargement, elle passe ses étés à travailler chez un disquaire indépendant, Bob & Bob. Et elle nous offre une vision quasi sociologique de la faune qui fréquente le magasin : asociaux en quête de la perle rare, parvenus de banlieue qui pensent « s'y connaître », SDF arpentant l'avenue pittoresque, etc. Bientôt, Allie crée son blog et son fanzine, Princesse Vinyle, au succès foudroyant. Tout irait bien dans la meilleure des chansons si ses parents divorcés arrêtaient de jouer aux ados, si le délicat M. ne cachait pas autant de mystères, et si la planète entière renonçait à la musique en ligne.

La narratrice Allie est à la fois une jeune fille attachée à sa famille, qui adore discuter avec sa meilleure copine et rougit devant les garçons, et une « pure » du rock à l'ancienne, aux opinions tranchées avec une expertise digne d'un roadie. Chez elle, les sentiments passent toujours par un choix musical, et elle peut réfléchir des heures à la construction d'une play-list. La bande-son qu'elle nous propose tout au long du roman, mélange de références et de morceaux plus confidentiels, m'a d'ailleurs réjouie et poussée à moult recherches ! Le roman se lit comme du petit-lait, bien construit entre le quotidien savoureux de la boutique, les relations d'Allie avec ses proches, et une intrigue plus ou moins policière. Habilement, cette dernière (des attaques répétées de petites boutiques) met en perspective la fin d'une vie de quartier avec la fin du support physique de la musique...

Yvonne Prinz a été elle-même disquaire indépendante, et Princesse Vinyle sonne aussi bien comme un cri d'amour qu'un hallali. La fin pourtant prévisible m'a surprise tant je m'étais attachée aux personnages. Alors Fantasia a envie de chanter ce bonheur de lecture rock'n'roll, rafraîchissant et émouvant : le vinyle c'est fantastique !

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coup de coeur

 

« Un groupe de poseurs qui se la jouent rock indé s'agglutinent autour des sorties les plus récentes. Ils prennent des CD et les remettent en place, au hasard. J'en entends un s'insurger devant le prix d'un CD des White Stripes. - C'est vachement moins cher chez Wal-Mart, mec. L'ironie, c'est qu'ils essaient de passer pour des rebelles alors qu'ils ont déjà vendu leur âme au plus grand supermarché du monde. Ils sortent du magasin, la démarche traînante. Bande de zombies. Heureusement que Bob ne les a pas entendus, son humeur aurait tourné au vinaigre. Impossible pour lui de faire de gros bénéfices sur les nouveautés : Bob & Bob ne peut pas rivaliser, tout simplement, avec la politique de prix agressive orchestrée par les sociétés pharaoniques que pilote le grand Satan. » (p. 168)

Entendu au fil du texte...