Le coeur des louves - Stéphane Servant
Le cœur des louves
de Stéphane Servant
Rouergue – collection DoADo – 2013
Célia emménage avec sa mère Catherine, écrivain sur le retour, dans la vieille maison de la grand-mère décédée de la jeune fille. Montagneuse et boisée (les Pyrénées?), la région est isolée : cette arrivée ne passe pas inaperçue. De fil en aiguille, incitée par l'instable Alice, une fille de son âge, Célia fait des découvertes à propos des légendes du coin, à propos de sa grand-mère, un peu sorcière. Ce sont en effet des drames du passé, entre Seconde Guerre Mondiale et peur de l'étranger, qu'elle va soulever, et qui vont dangereusement la perturber.
La construction se mérite. Célia, dans le temps présent, victime de secrets de famille mais tournée vers l'avenir, est suivie par un narrateur externe. Il faudra un « je » émouvant quoique mystérieux pour atteindre la grand-mère, Tina. Et puis on compte quelques interruptions sauvages, quelques transformations spectaculaires en louve du conte. Toutes ces voix s'enchevêtrent tandis que Célia tente de comprendre – et le lecteur aussi.
Nous aurons les clés de cette histoire poisseuse à souhait, une histoire de morts et de disparitions d'enfants, mais surtout une histoire d'amour et de sexe, puissante et destructrice. Et si Tina n'a pu se défaire d'une sorte de malédiction, si Catherine l'a reproduite, Célia, malgré quelques tentations négatives, va avoir le courage forcené, animal, de la briser.
Le roman est long, l'écriture est dense ; pourtant, Stéphane Servant captive, aimante vers une descente dans l'horrible. Les non-dits ressurgissent toujours, et il faut parfois un brin de magie pour les confondre... Un roman dur à apprivoiser au fil des pages, dès 16 ans.
« La louve dit : 'Vous ne me vouliez pas femme, vous ne me voulez pas louve. Sans mes vêtements, jamais plus je ne marcherai sur deux pattes. Je porterai pour toujours mon manteau de louve. Et pour toujours vous tremblerez quand vous entendrez notre chant. Aujourd'hui, je m'en vais de l'autre côté du monde. Mais sur les chemins de l'hiver je reviendrai et je prendrai vos enfants et plus jamais vous ne connaîtrez la paix. » (p. 372)
