3 femmes et un fantôme - Roddy Doyle
3 femmes et un fantôme
de Roddy Doyle
traduit de l'anglais (Irlande) par Marie Hermet
Flammarion – collection Tribal - 2013

Mary a douze ans. Avec sa mère Scarlett, elle pleure l'hospitalisation de sa très fatiguée grand-mère, Emer. Et puis, brutalement, Mary rencontre Tansey, une femme jeune mais habillée comme autrefois, qui semble n'habiter nulle part. Elle finit par la présenter à sa mère. Stupeur : il s'agit du fantôme de l'arrière-grand-mère de Mary. Quatre générations de femmes se retrouvent alors, se découvrent...
Délicatesse est le maître mot de ce roman limpide, autour des générations, de la mémoire, des secrets de famille qui s'effilochent... Usant toujours d'un narrateur externe, l'histoire s'attache aux pensées d'un des pensées d'un des personnages (souvent Mary, vierge de tous regrets), et les variations brutales révèlent leurs surprises, ou bien éclairent différemment une même scène (ainsi le drame fondateur de la disparition de Tansey par l'escalier).
L'écriture suit le quotidien, décidée à ne pas en dire trop pour mieux suggérer la complicité, les similitudes et les évolutions entre ces femmes. Elles partagent des tics de langage, elle font toutes preuve sinon d'une insolence, au moins d'un goût prononcé de la vie. Très rapidement, on oublie le caractère fantomatique de Tansey, ou bien il se rappelle brusquement à nous pour montrer moins l'extraordinaire que l'intimité de la situation.
Le rythme est lent, beau, avant une fin très nuancée et particulièrement émouvante. Une ou plutôt des pages se tournent symboliquement, mais les suivantes, d'une assurance toute neuve, commencent déjà à s'écrire. Et toujours, les détails, les petits riens des choix incessants que nous menons orientent notre destin. Un roman aux mille émotions qui se dévore sans réfléchir, parce qu'il se ressent (dès 13/14 ans).

« Ca lui déplaisait et ça lui faisait peur, mais ça la rassurait aussi. Parce qu'elle savait qu'elle avait raison. Brusquement, son monde se peuplait de morts et de mourants, des gens qu'elle aimait et d'autres qu'elle était censée aimer, des gens qu'elle ne connaissait pas, même s'ils ressemblaient à ceux qu'elle aimait sans se poser de questions. Elle avait besoin de savoir. A deux pas, une morte restait en suspens à la lisière de la vie de Mary. La mère de sa grand-mère, c'est ce qu'elle était censée être. » (p. 104)