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Les riches heures de Fantasia
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31 juillet 2013

Quelle épique époque opaque ! - Anne Pouget

Quelle épique époque opaque !

d'Anne Pouget

Casterman – 2013

Le chevalier Philibert se languit en son château, et son écuyer Cornebulle peine à écrire des mémoires qui valent celles de Tristan et Iseult. Un jour, arrive une missive de Merlin (l'enchanteur) : il a besoin d'aide. Philibert ne fait ni une ni deux et enfourche un cheval, Cornebulle dans ses bagages. Merlin s'explique : un petit démon nommé Titivilus a dérobé toutes les fautes d'orthographe de son grimoire, le condamnant de facto à l'Enfer. Même s'il n'est pas chrétien, le grand homme s'inquiète, et Philibert se fait fort de lui ramener Titivilus. Une quête par monts et par vaux, par forêts et par absurdités, commence.

Epopée parodique, le roman maîtrise parfaitement les codes du stupide intelligent. D'un côté, nous avons Philibert, certes plus intelligent que Cornebulle, mais engagé dans des aventures sans queue ni tête avec le plus grand sérieux. De l'autre, nous avons Cornebulle, écuyer au langage approximatif, souvent très drôle, parfois frappé au coin du bon sens. Les explications de Philibert ont un effet pédagogique pour le lecteur aussi, très léger et bien tourné. Le narrateur externe s'amuse enfin lui-même, énumérant par exemple les verbes signifiant les cris de tels et tels animaux, fleurissant ses phrases à la mode « vieux français ».

Les événements s'enchaînent sur le mode du conte, avec des adjuvants, des étapes à franchir... et des ratés qui entraînent nos héros sur les routes des légendes bretonnes ! L'idée est bonne, avec un petit dossier final donnant envie d'aller plus loin. De même, on nous explique que Titivilus est un démon tout ce qu'il y a de plus historique, souvent invoqué par les moines copistes pour expliquer leurs erreurs et leurs étourderies.

Au final, Quelle épique époque opaque – la couleur humoristique est annoncée dès le titre – est un réjouissant roman auquel je trouverais le seul défaut de la densité : trop de bons mots finissent par étouffer son chrétien (Merlin le pusillanime serait effrayé) ou du moins le lasser un tantinet. A déguster par petits épisodes, à partir de 10 ans !

« La voix humide, le bon Merlin demanda : - C'est vrai ? Tu irais laver mon honneur ? - Avec ou sans lessive, mon Merlin bien-aimé ! Le passé est le passé, le présent est là, et l'avenir reste à arriver, mon magicien préféré. » (p. 26)

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