Cherche un père #2 - La Tête au ciel - Régine Detambel
La Tête au ciel
de Régine Detambel
Thierry Magnier – 2013
Lola vit au Québec. Elle n'a quasiment jamais connu son père, resté en France après son divorce. Mais, à seize ans, la jeune fille est bien décidée à le redécouvrir le temps d'un été. De son côté, le père appréhende la rencontre, tout sauvage qu'il est devenu à élever des pigeons voyageurs (un pigeon revient toujours, il ne vous abandonne jamais...) au fin fond des Landes. Et puis il y a la gentille voisine et son fils Caryl qui ressemble tellement au père de Lola et qui se montre si jaloux d'elle... Ce petit monde parviendra-t-il à s'apprivoiser ?
Sans crier gare et comme au gré des vents suivis par les pigeons, Régine Detambel fait s'exprimer en discours indirect libre tantôt Lola, tantôt Philippe (le père excentrique), plus rarement le jeune Caryl. Il y a de la poésie dans ce récit fluide, parcellaire sans être elliptique, juste centré sur les sentiments – et les oiseaux, la nature. Très court mais cruel, un drame, comme bien souvent, viendra sceller la constitution et l'union d'un groupe. En 80 pages, l'auteure réussit donc à nous raconter une famille au sens large du terme (la mère de Lola reste absente, danseuse sévère et sur-occupée) et ses relations qui vont, qui viennent. Très finement écrit et abordé par le biais délicat et quasi-métaphorique de la colombophilie, ce minuscule roman frappe par sa justesse aussi fulgurante qu'idéale. Dès 14/15 ans.

Quelques jolis mots de Philippe :
« - Tu vois, Lola, je viens de finir un poème. Supposons qu'on soit triste. On écrit un poème et on le confie à un pigeon voyageur. On enroule le poème autour de sa patte. On en ressent un bonheur immédiat. La tristesse s'envole avec le pigeon, et on se réjouit de savoir que ce chagrin était si léger qu'un pigeon peut l'emporter. Aussitôt le calme revient et le courage aussi. Tu me comprends ? » (p. 33)
« -Le lien qui unit un père et une fille ne doit pas être lourd. On ne doit presque pas avoir besoin de parler. Le lien qui nous unit, toi et moi, doit rester aussi léger que le sillage d'un papillon. Ca ne veut pas dire que le lien n'est pas fort. Cela veut dire qu'il n'est pas pesant. On s'aime mais on n'a pas besoin de le manifester de la même manière que les autres. Je ne suis pas un papa de magazine. Je ne veux pas d'une famille de magazine, des imbéciles heureux comme on en voit dans les publicités. Et toi, Lola, qu'est-ce que tu en penses ? » (pp. 42-43)