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Les riches heures de Fantasia
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13 mai 2013

Cherche un père #1 - L'Ombre d'un père - Florence Cadier

L'Ombre d'un père

de Florence Cadier

Thierry Magnier – 2013 

Wellington, Nouvelle-Zélande, de nos jours. Gary vit seul avec sa mère infirmière, et préfère souvent l'alcool ou le cannabis au lycée. Une question le ronge à propos de l'identité de son père, que sa mère a toujours farouchement refusé de lui révéler, et des hallucinations complètent bientôt son mal-être : il entend, sent, voit un soldat dans les tranchées de la Première Guerre Mondiale. Et puis il rencontre, dans un bar, une fille de son âge, française. Elle lui affirme détenir des informations sur son père. Quelques instants plus tard, elle est poignardée dans une ruelle, tombe dans le coma. Bouleversé, Gary va lui rendre visite tous les jours à l'hôpital, pendant qu'il presse sa mère mutique de lui apprendre enfin l'identité de son père.

Gary compose un étrange narrateur, ni sympathique ni antipathique, mais dont on a du mal à prendre en charge le profond malaise. Autour de lui gravitent des personnages aux affects également difficiles à déchiffrer, entre une mère durcie par le chagrin et un meilleur ami occupé par des histoires de filles (celle qu'il convoite a été battue par un autre ami des garçons). Peu à peu, on adhère toutefois à l'histoire, et on accepte avec l'étonnement et la relative « passivité » du jeune homme les différentes révélations sur sa filiation.

D'un côté, son père ne se montre pas si anonyme et/ou extraordinaire que cela – quoique la rencontre ne se fera pas pendant le temps du roman -, de l'autre côté, l'enquête au sujet de l'aïeul mort en France n'est pas menée par Gary lui-même, ce qui lui enlève un certain charme, un effet d'attente. On reçoit des informations et on les intègre tant bien que mal, comme Gary. Restent une jolie mise en scène un peu fantastique avec ces visions si réalistes du héros, et aussi une ville, cette Wellington magnifique, dont Florence Cadier a voulu faire un contexte à la fois urbain et sauvage, tout à fait dans le ton de son roman contrasté de phrases courtes qui claquent pour dire les faits, la vérité crue et pas très agréable. Dès 15 ans.

IMG_7937

« Toutefois, une chose me faisait vibrer. Ma ville. Je l'avais dans la peau. Pire qu'une amoureuse qui vous fait perdre le sommeil et dont sentez le parfum à chaque coin de rue. Je la humais, je la caressais pour mieux l'étreindre dans ses moindres recoins, ses rues pentues et ombragées, et je me coulais dans sa lumière aérienne quand le bleu du ciel vibrait sur la mer et dans celle, plus argentée, du soir qui tombe. Je guettais sa quiétude, ses éclats. Elle me suffisait et calmait mes angoisses quand je flânais dans les allées du jardin botanique, à écouter les oiseaux, à surprendre le vol d'un tui, à jeter du pain aux canards dans le jardin de Lady Norwood. Elle était la compagne idéale, belle et vibrante, taiseuse et bruyante. » (p. 48)

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