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Les riches heures de Fantasia
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4 avril 2013

Les Enfants de Babel - Eliacer Cansino

Les Enfants de Babel

de Eliacer Cansino

traduit de l'espagnol par Sophie Hofnung

Ecole des Loisirs – collection Medium – 2013 

Dans une tour un peu délabrée des années 1970, à Alfarache, vivent des populations aux origines, aux intérêts, aux habitudes très variés : une vraie tour de Babel que regarde d'un œil de sociologue un de ses habitants, Angel, professeur de philosophie venu là après la mort de sa femme. Il a pour voisins certains de ses élèves, et s'inquiète justement de l'absence de Nor, un jeune Africain sans papiers. Menant l'enquête, il apprend que Nor est parti à la recherche de son petit frère, qui devrait débarquer sur les côtes dans les jours qui viennent. Emmenant le petit voyou Rachid avec lui, Angel va tenter de retrouver Nor, et ce faisant découvrir le milieu cruel des passeurs.

Pendant ce temps-là, Berta pénètre chez Stefano, son ancien petit ami et par ailleurs complice de Rachid, dans l'idée de retrouver un carnet jeté par sa mère : Marcos a eu une vision qui lui permet de supposer cette récupération par l'amoureux éconduit. L'affaire est d'importance, car Berta a noté dans ce carnet un début de roman fort prometteur – le joli épisode symbolique inaugurera et clôturera Les Enfants de Babel, sans que l'on sache en fait ce que Berta a écrit.

A lire ce début de résumé, on se rend compte que l'histoire elle-même est un vraie tour, une accumulation d'actions répétitives opérées par des personnages qui se croisent et se recroisent sans forcément se rencontrer dans cet immense immeuble. On pense un peu à des fourmis s'agitant dans un milieu clos. Et encore, je ne vous ai pas parlé de tout le monde : à travers son narrateur omniscient, Eliacer Cansino prend le temps de soigner, en une phrase ou deux bien troussées, chaleureuses, chacun de ses personnages.

Au-delà de l'effet plaisant et évidemment marquant d'auberge espagnole, il se dégage de ce roman un engagement citoyen très fort. L'auteur nous montre la richesse, les limites aussi car il y a de la nuance, d'un monde sans frontières. Les activités des passeurs sont d'une crasse répugnante (Angel a l'impression de se salir, et le discours indirect libre qui l'accompagne parfois est très persuasif), la détresse de Nor n'a pas de solution et Rachid finira en prison. Mais les envies de la petite Berta, fille des cités que d'aucuns auraient renvoyé au statut de femme de ménage de sa mère, témoignent d'une vitalité intellectuelle et d'une capacité à dépasser ses origines sociales.

C'est un livre de l'espoir, touffu mais lisible : j'ai toujours et encore du mal avec la littérature hispanophone, mais Les Enfants de Babel est passé comme une lettre à la poste, peut-être parce qu'il n'oublie pas un drôle d'humour pince-sans-rire, peut-être à cause de son sujet captivant. De l'homme observé au microscope dans une petite éprouvette... A lire dès 12/13 ans.

2013-03-28 20

« Deux des chiens rappliquèrent en aboyant, mais avant qu'ils arrivent sur eux, Berta, Marcos et Lolo choisirent de descendre vers la route plutôt que de remonter par où ils étaient arrivés, même si, par le bas, ils devaient se mouiller les chaussures en traversant une cuvette qui avait formé une mare le long du ravin. La terre s'effritait déjà sur ce versant. Les griffes des pelleteuses avaient commencé à aplanir le terrain de sorte que les engins puissent poser le ballast du métro. Le talus était creusé et on aurait dit que tout pouvait s'écrouler d'un moment à l'autre. Le progrès, comme presque toujours, finissait par saper les racines. » (pp. 60-61)

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Commentaires
S
Je ne suis pas fan non plus de la littérature hispanophone en général... à voir!
L
Je n'ai pas encore eu le temps de le lire celui-là !
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