Lampedusa - Maryline Desbiolles
Lampedusa
De Maryline Desbiolles
Ecole des Loisirs – collection Medium - 2012
Lampedusa : même sans trop suivre l’actualité, le nom de cette île est évocateur, sinistre plaque tournante de l’immigration clandestine en Europe. Ici, c’est un court roman déroutant tout en allusions, tout en finesse, qui parvient sans en avoir l’air à rendre palpable la lourde question du droit du sol.
Une très jeune fille raconte son enfance heureuse dans la campagne niçoise, puis la venue en ville dans un petit appartement, après la disparition du père. Notre narratrice ne s’habitue pas à son nouvel environnement, et se raccroche à un projet de vacances de sa mère, sur l’île idéalisée de Lampedusa. Elle rencontre aussi une vieille dame, native du quartier ; grâce à ses récits colorés de la vie d’autrefois, la ville devient plus chaleureuse, plus réelle.
Mais les vacances d’été finissent et il faut rentrer à l’école. L’héroïne se lie alors avec une jeune Africaine, Fadoun, rejetée par les autres enfants car trop vivante, trop étrange. Fadoun est une réfugiée de Djibouti, elle est arrivée à Nice via… l’île de Lampedusa. Et puis un jour, Fadoun n’est plus là, partie comme elle est venue : subitement, tristement.
Nettement séparé en deux parties, le récit fonctionne à la façon d’une initiation très personnelle qui s’élargirait ensuite, et ferait accéder l’héroïne à un état de réflexion adulte. A son aune, la jeune narratrice a subi un déracinement, et a apprécié qu’on (la vieille voisine) lui fasse comprendre qu’un foyer, ce n’est pas un endroit, mais de l’amour. Sans peut-être qu’elle en ait conscience, elle transpose son expérience sur Fadoun, et devient alors capable de la comprendre intimement, d’en faire son amie.
L’écriture est retenue, fragile, volontiers poétique avec des répétitions qui résonnent dans les pensées bouleversées de l’héroïne, qui roulent comme des vagues arrivant sur… une île, pourquoi pas ? Lampedusa est le lien, merveilleux, horrifique, entre les deux mouvements du roman et il donne un ancrage terrestre à des considérations qui seraient restées ici centrées sur le psychologique (la fin cruelle, réelle, exceptée). Le roman est court, comporte une action minimale, et bouleverse pourtant en profondeur, en douceur… Maryline Desbiolles nous livre à nu son cœur et ses convictions : sachons les lire avec un respect attentif.
