Inventaire après rupture - Daniel Handler et Maira Kalman
Inventaire après rupture
De Daniel Handler
Traduit de l’américain par Rose-Marie Vassallo
Illustré par Maira Kalman
Nathan – 2012
Minerva, dite Min, vient de rompre avec Edward, cocapitaine de l’équipe de basket. Elle rassemble dans un carton l’ensemble des petits objets qui ont parsemé leur relation de quelques semaines, avant de les lui remettre violemment, définitivement. Petit poucet désespéré, elle en profite pour raconter au lecteur, à Edward, sa vision de cet amour raté, qui a débuté dans une illusion étonnée et fini dans les larmes.
Intense cri du cœur après un premier amour perdu, exorcisme nécessaire en forme d’inventaire mortifère, ce gros roman est encore une plongée dans la vie adolescente américaine, et un joli catalogue de références cinématographiques. En effet, Min, rêveuse volontaire, passionnée de vieux films, veut devenir productrice. Un des fils conducteurs de l’histoire va d’ailleurs être le projet fou d’offrir des cadeaux d’anniversaire à une vieille dame aperçue dans un cinéma et dont on soupçonne qu’elle est la star du film projeté. Ces goûts et ces envies un peu atypiques lui vaudront d’être cataloguée d’intello par les copains sportifs d’Edward, alors que de son côté, il ne cesse de lui répéter qu’elle est « à part ».
Evidemment, de notre point de vue extérieur, Min et Ed, c’est un peu l’union de la Belle et de la Bête, ou pourquoi pas de la Bête et du Beau, mais en tout cas on pense, à l’instar du meilleur ami de Min (qui n’a jamais osé lui déclarer sa flamme), que ça ne tiendra pas longtemps. Et on aura malheureusement raison, quoi que ce soit à Min de se faire sa propre expérience. L’amour, c’est parfois cruel mais l’héroïne n’en deviendra que plus forte et décidée, semble nous dire le roman optimiste.
L’ensemble, à la fois très frais et très triste, se lit à toute allure avec un long effet de suspense : pourquoi la rupture ? C’est ce qui occupe un coin de l’esprit du lecteur depuis les deux capsules de bière de la première rencontre jusqu’aux pétales de rose séchés du dernier jour. La réponse à cette question essentielle sera malheureusement toute bête (très masculine j’ai trouvé…), et on ne pourra pas reprocher à la trop jeune Min de ne pas vouloir comprendre les raisons d’Edward.
Les illustrations pleine page, colorées, m’ont fait penser à Oliver Jeffers et accompagnent avec une douceur lunaire ce morceau de vie qu’on n’avait encore jamais vu en littérature jeunesse. Mais je n’en attendais pas moins de Daniel Handler alias Lemony Snicket, auteur des étranges et brillants Orphelins Baudelaire. A offrir à toutes les âmes si possible pas en peine… ou prévoir la boîte de mouchoirs.



