Un Chien pour toujours - Eva Ibbotson
Un Chien pour toujours
D’Eva Ibbotson
Illustrations de Sharon Rentta
Traduit de l’anglais par Diane Ménard
Gallimard jeunesse - 2012
Hal possède tout ce dont un petit garçon est censé avoir besoin : une grande chambre rien que pour lui, une foultitude de jeux divers et variés, des vacances formidables plusieurs fois par an, une place dans une école huppée… Et pourtant, le jeune garçon est malheureux, entre un père toujours parti aux quatre coins de la planète et une mère obsédée par la couleur de la moquette ou la propreté des sièges en cuir de sa voiture. Hal ne rêve en fait que d’une chose : un chien qui lui tiendrait compagnie, comme la vieille labrador Meg de ses grands-parents paternels, des gens chaleureux qui habitent au bord de la mer et qu’il ne voit jamais parce que sa mère les trouve trop pauvres.
De guerre lasse, ses parents lui louent un petit bâtard prénommé Flocon, chez « Chiens pour tous », le temps d’un week-end. Mais ni Hal ni Flocon n’ont compris le contrat… Le nouveau petit maître décide alors d’enlever Flocon (et ses amis de « Chiens pour tous » par la même occasion) et de fuir jusqu’à la mer. Il sera aidé inopinément de Pippa, la petite sœur de la soigneuse de la boutique, ulcérée depuis toujours de la façon dont sont traités les animaux.
Au vu du résumé de l’intrigue, Un Chien pour toujours pourrait facilement passer pour un simple plaidoyer en faveur de la protection animale, et il y a un peu de cela, évidemment. La vie des chiens dans la boutique est décrite avec un brin d’humour, mais aussi une souffrance sous-jacente : bien nourris, bien soignés, ces spécimens de race n’en sont pas moins désireux d’une vie libre qui corresponde à leurs besoins. L’épisode du cirque, également, prend la peine de notifier qu’aucun animal sauvage n’est emprisonné dans une cage.
Mais le roman est surtout une belle histoire d’amitié entre deux êtres qui se comprennent au-delà du langage. Elle démarre tristement de part et d’autre – solitude, confiance bafouée -, continue à la façon d’une errance sur la route où l’on accumule des expériences parfois difficiles, et se termine (ouf !) en happy end ouvert sur un avenir où chacun se reconstruira peu à peu.
C’est le dernier livre écrit par Eva Ibbotson avant son décès en 2010, ce qui rend le tendre propos encore plus poignant. L’écriture, à travers un narrateur externe, est vivante, enjouée, et magnifiée par les illustrations douces de têtes de chapitres. Les personnages sont croqués en quelques phrases, depuis l’infâme propriétaire de « Chiens pour tous » (digne de Roald Dahl) jusqu’à Li-Chee, le petit pékinois qui souffre qu’on le prenne pour un chien coquet. Car il faut préciser que la galerie des quatre chiens accompagnant Flocon est croquignolette, et que ce sont eux, tour à tour, qui vont faire avancer l’action (et faire des bonnes actions au final).
Fantasia confesse forcément un faible pour la gent animale (y compris les chiens, si, si), mais cela ne l’empêche pas de garder l’œil clair et de repérer l’ouvrage de haute qualité lorsqu’il est là. Et là… ben, il est là. Nous n’avons pas fini de regretter cette auteure surdouée…
