Noé Nectar et son voyage étrange - John Boyne
Noé Nectar et son voyage étrange
De John Boyne
Traduit de l’anglais (Irlande) par Catherine Gibert
Illustré par Oliver Jeffers
Gallimard jeunesse - 2012
Désespérément, Noé Nectar fuit sa maison et ses parents. Il erre dans la forêt, de village en village, jusqu’à la boutique de jouets de bois d’un vieil homme, bien cachée derrière un étrange grand arbre. Le marchand accueille volontiers ce jeune visiteur, c’est l’occasion pour lui de revenir sur son passé… tout en faisant parler Noé de ce qui le tracasse.
John Boyne qualifie son roman de « conte de fées », mais alors un conte de fées où le merveilleux côtoie la mélancolie, où le magique flirte avec la gravité. Très vite, les pantins de la boutique font penser à Pinocchio, mais on met plus de temps à identifier le lien exact avec la célèbre histoire… Nous voyons simplement une personne âgée qui perd la tête et regrette son « Poppa », un petit garçon complètement perdu qui refuse avec force la perte d’un être cher.
Ces deux-là vont s’apprivoiser, et évidemment s’aider l’un l’autre. L’histoire file, captivante car toujours énigmatique ou sujette à interprétations, suffisamment ouverte pour que la fin ne se devine pas complètement au fil des révélations… Il y a des trouvailles, des détails délicieux : la porte qui court pour qu’on l’ouvre sur une autre pièce au bout de l’escalier, le teckel intelligent et l’âne gourmand, les chocolats mécontents de ne pas être mangés, etc. Chaque objet prend vie au fond de la forêt, pour le meilleur et pour le pire. Et puis les souvenirs d’enfance du marchand de jouets s’incrustent élégamment dans le récit au présent, à travers des pantins sortis d’un vieux coffre. Peu à peu, ces bribes du passé donnent à penser à Noé ; le petit garçon comprend que les regrets sont ce qu’il peut y avoir de pire au monde, et qu’il vaut mieux affronter les situations au moment où elles arrivent. Il reviendra donc chez lui, tandis que le vieil homme parviendra enfin à sculpter le pantin de ses rêves.
Le livre ne s’arrête toutefois pas là, et propose un bel épilogue en forme d’éloge de la mémoire perpétuée : cette petite touche supplémentaire replace l’histoire entière dans un contexte adulte, profond.
Un roman doucement triste et un peu fou, volontiers symbolique, et accompagné justement des illustrations faussement plates d’Oliver Jeffers. Accessible dès 12 ans.
A lire encore, sur le même thème du deuil traité de manière fantastique, quoique plus violente : Quelques Minutes après minuit de Patrick Ness, illustré par Jim Kay (Gallimard jeunesse, 2012).
