Le Roman d'Ernest et Célestine - Daniel Pennac
Le Roman d’Ernest et Célestine
De Daniel Pennac
Casterman – 2012
Depuis trente ans qu’ils existent, l’ours Ernest et la souris Célestine ont eu le temps de s’incruster dans nos inconscients, de développer chacun leur petit caractère et de s’épanouir avec une grâce nostalgique. De fait, Daniel Pennac s’attaque presque à un mythe. Et il le fait à sa façon, subjective mais toujours admirative. Avec lui, vous saurez d’abord non pas comment Ernest a trouvé Célestine (la fameuse poubelle), mais pourquoi Célestine se trouvait ainsi mise au rebut. Il ne s’agit pas de ce que l’on pourrait penser…
La mignonne vient du monde d’en bas, elle est chargée de récupérer les dents de lait tombées de la gueule des oursons, et elle a été attrapée en pleine mission. Ernest, musicien sans le sou, cherche à manger dans la poubelle, et Célestine, en échange de sa libération, lui indique une merveilleuse boutique de sucreries. Et oui, il fallait bien un lien entre les deux univers : du miel gourmand des ursidés à la quenotte de la petite souris, il n’y avait qu’un pas que Daniel Pennac a choisi avec évidence. C’est le début d’aventures mouvementées, avec poursuites et adrénaline. Ces rebondissements sont fort heureusement entrecoupés d’un long hiver douillet chez Ernest, après que ce dernier a accepté d’accueillir Célestine dans sa maison de la forêt – là non plus, ce n’était pas aussi simple qu’on le pensait !
Ernest et Célestine réussiront-ils à faire accepter leur couple atypique à la fois au monde des souris et à la société des ours ? Il faudra rien de moins qu’un procès pour en décider. J’ai aimé cette façon dynamique, à rebours de la lenteur des albums de Gabrielle Vincent, de parler de la tolérance, de la générosité, de l’amitié. Le message est le même, pas forcément l’emballage, et c’est presque tant mieux.
Daniel Pennac joue d’un humour bonhomme, imaginant une Célestine aussi futée qu’agaçante, faisant intervenir régulièrement sous forme de dialogues ses personnages, l’auteur et même le lecteur dans l’avancée de l’action. Ce dernier procédé n’est d’ailleurs pas sans rappeler les Dix Droits du lecteur…
Finalement, parce que je n’attendais pas de ce livre un joli exercice de style respectueux, je me suis plu à suivre ces personnages façon XXIème siècle, pleins de vie et encore plus malicieux que les originaux. Daniel Pennac dit s’être inspiré de ses propres échanges épistolaires avec l’auteure et illustratrice qui a créé ces héros tant adorés. Moi je dis que si réellement, la Célestine de l’ouvrage, c’est Mme Vincent, et bien ce devait être une sacrée dame !
Un délicat roman qui se joue de l’intemporalité et revisite avec bonheur des petits morceaux d’enfance… Il faut s’y laisser prendre !


