La Fille verte - Vincent Cuvellier et Camilla Engman
La Fille verte
De Vincent Cuvellier
Illustré par Camilla Engman
Gallimard jeunesse Giboulées – 2012
Une toute jeune fille accepte mal le déménagement de sa famille, et sa rentrée dans une nouvelle école. Elle prend l’habitude de se réfugier au fond d’un jardin au pied de son immeuble. Elle y passe des heures et des heures, sous le regard attentif d’un chat, et jusqu’à se fondre littéralement dans la nature…
Le récit en « je » de l’héroïne s’apparente à un poème en prose, variation au présent sur le quotidien, les saisons qui passent, les petits riens qui font qu’on se sent vivant… C’est aussi un cri du cœur, une auto-analyse toute en symboles. La puberté que la pré-adolescente supporte mal dans son corps va être comme transcendée par sa transformation en femme-fleur, tandis que son psychisme s’adoucit au contact de la faune tranquille des herbes. Du papillon à l’araignée en passant par le chat, chacun semble accepter sa condition éphémère et jouir du moment présent. Elle en prendra bonne note, pour oublier les vociférations de la mère (« on mange ! ») et l’indifférence du père préoccupé seulement de ses beaux cheveux… La façon libérée dont la jeune fille traite sa chevelure dans le jardin – façon bien mise en évidence par les images - n’est absolument pas innocente : c’est sa révolution silencieuse.
Il y a cependant un risque à se laisser envelopper par ce velours de verdure, celui de se perdre à tout jamais et de ne plus pouvoir revenir dans le monde humain… In extremis, notre belle évaporée reviendra parmi les siens, plus forte et prête à poursuivre son chemin. Elle laisse derrière elle une expérience hors normes et presque fantastique, une merveilleuse façon de grandir, toute en suggestion…
Les illustrations aux tons assourdis, étranges esquisses travaillées, interpellent tout autant que ce texte à fleur de peau (de pétale ?) et finissent de lui composer un écrin doux. A découvrir et laisser courir dans son cœur.



