Mary-Lou - Stefan Casta
Mary-Lou
De Stefan Casta
Traduit du suédois par Agneta Segol et Marianne Segol-Samoy
Thierry Magnier – 2012
Il y a trois ans, Mary-Lou est tombée d’un arbre et a perdu l’usage de ses jambes. Adam, son copain de vacances, ne l’a plus revue depuis, mais se demande toujours s’il s’agit d’un accident ou pas. En effet, quelques jours avant, Mary-Lou avait compris que son père trompait sa mère. Et puis un jour, Adam a quinze ans, il croise Mary-Lou et son fauteuil roulant par hasard. Il lui propose de la rejoindre près des lieux du drame, dans la maison de vacances de son père, au bord d’un lac. Après avoir hésité, la jeune fille rejoint son ami.
Raconté par Adam, un été très introspectif commence. Il y a le style responsable et serein du jeune homme, et celui tourmenté et impulsif de Mary-Lou. Après quelques étincelles, une petite routine tranquille s’installe. Adam reste au service de son amie, non pas pour tenter de comprendre le passé – il oublie vite les questions qui lui trottaient dans la tête -, mais pour généreusement l’aider à aller de l’avant. Grâce à lui, Mary-Lou parvient à exprimer ses sentiments, son mal-être. Elle peaufine ses exercices des jambes, réalise quelques pas, se baigne. Et en retour, Adam a l’impression de mûrir, ainsi que de progresser dans l’art du dessin auquel il tient tant : en entamant le portrait de Mary-Lou, il apprend à faire passer les émotions dans son crayon.
Les jours passent, les aventures aussi avec un joli passage de robinsonnade sur une petite île. Les souvenirs d’avant reviennent régulièrement à l’esprit d’Adam, mais encore une fois davantage dans un but de remémoration de l’enfance que de tentative d’explication du geste de Mary-Lou. Stefan Casta ne nous a jamais habitués à des romans gais, mais à une sensibilité exacerbée et une conscience forte du temps qui passe. Sans trop de surprise, l’ouvrage se clôt ainsi sur la phrase : « La vie a continué. Et elle continue encore, malgré tout. » (p. 292). Je me suis laissé bercer par l’écriture délicate, la façon aigüe de parler des petites choses du quotidien, des moindres comportements pour en tirer des psychologies complexes. Un singulier et lent roman sur la douleur et la reconstruction.
