La Forêt des coeurs glacés - Anne Ursu
La Forêt des cœurs glacés
De Anne Ursu
Traduit de l’américain par Rosalind Elland-Goldsmith
Seuil jeunesse - 2012

Hazel et Jack se connaissent depuis l’enfance et adorent se raconter des histoires. Subitement, au moment où Hazel, perdue au collège, aurait bien eu besoin de conserver l’amitié rassurante de Jack, ce dernier se détourne d’elle, puis disparaît. Que s’est-il passé ? La petite fille, très inventive, imagine qu’une reine des glaces a percé le cœur de son meilleur ami. Munie d’un simple sac à dos et d’une parka, elle part alors à sa recherche dans la forêt. Commence un périple douloureux sous la neige, tempéré par d’étranges rencontres qui seront autant d’épreuves vers le palais de la reine…
A l’issue de ce beau roman que l’on dévore avec inquiétude et espoir, la question du pacte de lecture se pose. Anne Ursu revendique-t-elle un roman fantastique pur et dur, variation habile sur les contes de l’enfance ? Ou bien veut-elle pointer du doigt le pouvoir de l’imagination, capable de réinventer la réalité ? En effet, Jack a concrètement toutes les raisons de s’éloigner d’Hazel : sa mère fait une dépression, trois copains de l’école le poussent à se comporter en « vrai » garçon… Ce serait alors simplement le petit drame du temps qui passe, et Hazel, elle-même confrontée au divorce de ses parents, le nierait, s’enfermerait dans ses rêves. Le doute restera jusqu’au bout, il faut évidemment marier les deux versions pour approcher un début de compréhension.
La traversée de la forêt par Hazel, suivie par un narrateur externe, s’apparente à un superbe conte initiatique, qui pioche donc à des histoires connues : la petite fille aux allumettes, la peau de cygne mort, le couple qui transforme les enfants pour les garder auprès de lui, etc. Harry Potter est également convoqué, au même titre que Merlin l'enchanteur ! Ces légendes se mêlent les unes aux autres avec originalité, et l’auteure leur rajoute des petits mystères de son cru virevoltants, fausses pistes parmi lesquelles Hazel manquerait de se perdre si elle ne suivait son instinct (et pour une fois, des gros loups effrayants). Bien sûr, le trajet au cours duquel l’héroïne engrange des forces mène jusqu’au palais, et la fameuse reine des glaces d’Andersen. Vous connaissez la fin…
Cette magnifique histoire court sur une écriture fluide, fortement évocatrice, vaguement mélancolique. Anne Ursu réalise une construction linéaire d’une solidité impeccable, qui ne laisse prise à aucune approximation. Cet écrin parfait permet paradoxalement à une atmosphère poétique et même onirique de s’épanouir en compagnie d’Hazel. On ressort enchanté, le cœur léger quoiqu’un peu serré… Et si la reine des glaces existait vraiment ? A partir de 11 ans.
