L'Homme qui faisait vieillir - Rodrigo Lacerda
L’Homme qui faisait vieillir
De Rodrigo Lacerda
Traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec
La Joie de Lire – collection Encrage - 2012
Au sortir du lycée, Pedro entame sans conviction des études d’histoire : il cherche sa voie. Un vieux professeur va l’y aider en lui proposant des travaux pour son compte, destinés à faire ressortir la vraie nature de son esprit. Pedro avait déjà rencontré par hasard le vieil homme à l’aéroport, lors d’un épisode mémorable au cours duquel le jeune homme avait utilisé des œuvres de Shakespeare pour bluffer une employée et lui faire croire qu’il était majeur. Rien d’étonnant alors à ce que le professeur lui propose d’abord de trouver la phrase-clé du Roi Lear, puis de travailler sur la nature humaine. Pedro ne sait pas trop dans quelle direction il va, mais il est heureux. Sa rencontre avec la filleule du professeur, la jolie Mayumi qui étudie la neurologie des émotions, pourrait parfaire sa félicité. Mais il continue à chercher un motivation professionnelle…
Mayumi surnomme son parrain « l’homme qui faisait vieillir » en ce que, par les réflexions qu’il est capable de susciter chez les gens, il les aide à agrandir leur vision du monde, sinon à devenir plus sages. De lui, on en saura d’ailleurs le strict minimum, tant il se consacre aux autres. Le narrateur pourrait a contrario être un jeune égoïste complètement auto-centré, si sa naïveté d’une part, la poésie de son récit d’autre part, n’avaient projeté le lecteur dans de douces aventures entre littérature et sentiment amoureux. A tous petits pas et sans une explication de trop, l’esprit de Pedro s’éveille, quitte la rectitude des recherches historiques pour la dynamique de la fiction. Nous comprenons bien avant lui ce pour quoi il est fait ; le contre-point de la scientifique Mayumi est bien trouvé, mais dans le ton de ce roman d’apprentissage en clés et symboles. Je ne suis pas grande amatrice de littérature du sud souvent foisonnante, j’ai donc apprécié ici l’écriture épurée et l’atmosphère fluide comme en dehors des contingences de ce monde…
