Les Orphelines d'Abbey Road livre 1- Audren
Les Orphelines d’Abbey Road livre 1
D’Audren
Ecole des Loisirs – collection Neuf – 2012
Depuis la disparition de ses parents, Joy vit dans un orphelinat tenu par des bonnes sœurs, situé à l’emplacement de l’ancien manoir « du diable vert ». L’aînée des filles, Margarita, pousse les petites à se révolter contre l’arbitraire que font régner les nonnes, adeptes de la punition par la privation de dessert. Un peu fascinée, elle-même presque adolescente, Joy suit Margarita dans les souterrains de l’église, qui se révèlent sentir un soufre suspect. Mais c’est la gentille Prudence qui va en ressortir amorphe, ayant perdu toute envie de vivre. Joy, Margarita et bientôt l’excentrique Ginger vont chercher un moyen de la sauver. Ginger parvient en effet à pénétrer une autre réalité, le royaume d’Alvénir, en lequel une source magique coule…
Sur une atmosphère délicieusement british, surannée, on aurait pu penser que le côté fantastique serait indiqué comme pouvant justement le rester, irréel, émanant d’esprits de jeunes filles trop sensibles. Mais non : le merveilleux est assumé comme tel, partie intégrante de l’action et de l’évolution psychologique des personnages. Certes, le monde d’Alvénir n’est pas excessivement développé, et le « diable » reste inconnu (j’ai pensé un moment à une histoire de pédophilie, quoique cela ne semble pas être le cas, et puis cela casserait l’aspect « magique » revendiqué). Mais les aventures que vont vivre les petites héroïnes vont directement souder leur amitié, leur donner une nouvelle confiance en elles et au fond orienter leur avenir.
Lady Bartropp, bienfaitrice de l’orphelinat, va prendre conscience du dénuement dans lequel vivent ses protégées uniquement parce que Prudence tombe malade ; il s’agit d’un mal pour un bien, et de toute façon on ne croit pas une seconde que la malade puisse mourir. Ses amies vont et viennent, dissimulent et osent, se constituent un espace de confidences et de liberté. Plus jamais les sœurs, qui n’ont pas su voir la détresse de Prudence, n’auront d’emprise morale sur elles. Il fallait une fin surprise et c’est Margarita qui la porte en prenant le devant de la scène, mais discrète, attentive, aimante, la narratrice Joy reste sans doute la figure la plus représentative des orphelines. Dans un monde qu’on peut peut-être dater du début du XXème siècle, elle va devoir construire son destin de femme avec espoir et courage. En attendant, elle s’octroie le droit, comme tous les enfants du monde, d’engranger de jolis souvenirs magiques… et on peut penser qu'Alvénir (un anagramme ?) réapparaîtra dans le deuxième tome. Un livre de mystère et de sentiments, écrit simplement avec l’empathie d’Audren : à lire dès 9-10 ans et toujours avec des yeux enchantés !
« Infantile était en fait un synonyme de magique mais certains mots ont disparu depuis longtemps du vocabulaire des méprisenfants. » (p. 267)

Vous avez vu ? Vous avez vu ? Les chats blancs à poils longs ont toujours la cote cette année !!!
