Le Passager clandestin - Dominique Delahaye
Le Passager clandestin
de Dominique Delahaye
Syros – collection Rat noir – mai 2012
Marin, collégien moyen qui vit dans les rêves maritimes de son grand-père disparu, se lie d'amitié avec Imran, orphelin Tchétchène obligé de suivre les petites combines de l'oncle qui l'a recueilli. Brillant, beau garçon, Imran est pourtant trop sérieux pour son âge. Il essaie d'oublier son passé, au-delà des cauchemars, et de recommencer une vie sereine et honnête, au-delà de son oncle. Témoin de ces difficultés, Marin relativise ses propres soucis d'adolescent (mère un peu absente et père épais, grand-père idéalisé, envie d'ailleurs...) même si lui aussi se sent un « passager clandestin » dans sa propre vie.
Dominique Delahaye utilise un narrateur externe d'une grande neutralité pour suivre ses personnages, plus souvent Marin qu'Imran, mais paradoxalement dans l'objectif de mettre en valeur ce qui arrive au jeune réfugié. Nous ne pénétrons que rarement dans les pensées (et le passé) d'Imran, tandis que la psychologie de Marin ne se comprend qu'en regard de la situation de son ami : Marin vit son présent, réfléchit et mûrit à travers l'exemple d'Imran. L'histoire de l'un n'est toutefois pas moins importante que celle de l'autre, et le lecteur s'attache autant aux deux héros. Mais ce choix de construction permet des accents dramatiques : alors que l'adolescent Marin stagne entre deux eaux, Imran jeté dans le monde adulte va se retrouver contraint d'agir, de choisir. L'action se structure autour des magouilles compliquées de l'oncle, et le lecteur sent venir l'inévitable conclusion, n'en frémit pas moins... Et puis, il y a la deuxième fin, désespérée et la plus belle, celle qui porte l'amitié au pinacle des valeurs à suivre. Roman social tout en suggestions, Le Passager clandestin pose avec pudeur les questions qui fâchent, que ce soient celles de l'immigration, de l'insertion dans une société autre, des existences tronquées et de l'enfance piétinée...

« Marin a le feu aux joues. Il en est sûr, son pote est un ado comme lui, pas un voyou. Dans la cour, quand Imran a pété les plombs, Marin a compris une chose. On ne sort pas indemne d'une guerre, qu'on y participe ou qu'on en soit le témoin. Echapper de justesse à un carnage vous fait vieillir à toute vitesse. » (p. 95)