Irina vs Irina - Jakuta Alikavazovic
Irina vs Irina
de Jakuta Alikavazovic
Ecole des Loisirs – collection Medium -mai 2012
Irina, c'est le personnage de papier que Georges, le père de la vraie Irina, a inventé alors que sa fille était petite. Il existe aujourd'hui une longue série d'albums autour des bons mots qu'Irina a pu prononcer dans sa vie, et on envisage la comédie musicale. Evidemment, la tante d'Irina (qui lui sert de mère) va tout faire pour préparer la jeune fille aux pseudo-sélections. Mais à douze ans, celle-ci n'en peut plus, et ne sait pas comment se tirer des griffes du monde illusoire qui la menace... Le jeune voisin d'en face, Bernard, orphelin déscolarisé aux idées loufoques, est peut-être la bouée de sauvetage qu'Irina attend.
Les courts chapitres alternent la parole d'Irina et celle de Bernard, offrant parfois la même scène de deux points de vue différents. Sachant qu'il s'agit souvent d'un jeu entre deux fenêtres de chaque côté de la cour, l'humour peut être au rendez-vous... Elle le prend pour un zombie, il la considère comme un robot. Mais l'émotion remonte toujours sous le ton sérieux de ces deux jeunes gens à qui on demande d'être adultes avant l'heure. Irina possède trop de souvenirs, voudrait se débarrasser de son passé qui l'encombre, tandis que Bernard s'affole de perdre le peu qu'il se rappelle de ses parents et se raccroche à quelques éléments matériels – il s'emmitoufle par exemple avec les habits de sa mère.
Diamétralement opposés, autant souffrants, nos héros vont s'entraider maladroitement, mais sûrement. L'action avance par petites touches, par des événements mineurs qui finissent de composer un grand tout bien angoissant dans lequel on essaie de se dépêtrer. Irina se donne l'impression de maîtriser la situation avant de capituler, Bernard s'agite dans tous les sens et fait marcher sa matière grise de manière anarchique. Le rôle plutôt négatif des adultes n'est pas minimisé, entre le grand frère dépassé de Bernard, la tante castratrice d'Irina, et son père écrivain détaché des contingences de ce monde. Il y a des scènes que j'ai trouvées d'une grande violence, notamment au moment de la préparation pour les auditions de la comédie musicale. La fin inattendue fait sourire même si elle ne résout rien. Un roman de lecture facile en apparence, qui cache des affres de solitude(s)... A partir de 12 ans.
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« Maintenant j'en ai assez. Je ne sais pas comment le dire à Georges. Irina est comme une robe trop courte pour moi. » (p. 30)
« Toute ma vie j'ai aimé les livres. Jusqu'au moment où je me suis retrouvée coincée dedans. » (p. 54)

Ce roman m'a fait penser irrésistiblement à la série Eloïse de Kay Thompson. Je vois bien le physique d'Irina de cette façon, et il s'agit aussi d'une petite fille trop riche et toute seule...