Nature extrême - Yves-Marie Clément
Nature extrême
De Yves-Marie Clément
Seuil jeunesse – mai 2012

Deux bus de touristes vont venir camper à côté d’une base militaire, en pleine nature sauvage. Officiellement pour des raisons climatiques, le camp est brutalement annulé. Mais cinq jeunes, qui s’étaient un peu éloignés pour déjeuner, manquent le retour et se retrouvent coincés dans la montagne. Il y a Noham, ado concepteur de jeux vidéos à la recherche d’idées (il va en avoir plus qu’il n’en faut), Roxane la calme judoka venue régler un vieux compte avec sa peur des ours, Esteban le petit génie qui connaît tout sur la faune et la flore, Manon et Gabin les amoureux. Ils n’ont rien en commun, mais vont devoir se supporter puis s’entraider. D’abord réfugiés dans le sécurisant chalet du camp, les jeunes gens vont être obligés d’en sortir suite à l’agression de l’un d’entre eux par un pourtant pacifique malamute (un chien). Ils s’enfoncent dans la forêt, dont ils sentent vite l’hostilité presque humaine. D’où vient-elle ? Et si la base militaire ultra-secrète avait servi à des expériences illégales ?
Démarrant un peu comme La Randonnée de Christophe Léon, avec de faux airs du Shining de Kubrick (le grand chalet, une construction en chapitres datés heure par heure), l’angoissant roman prend bien sûr la défense de l’écologue contre les manipulations hasardeuses aux fins douteuses des hommes. Mais alors qu’est souvent employé une forme ou une autre de science-fiction pour traiter de ces thèmes, l’auteur a choisi le fantastique au sens le plus strict du terme : un quotidien d’aujourd’hui, interrompu net par des événements dérangeants, hors normes. Le narrateur externe suit la plupart du temps l’énergique Roxane, mais se promène aussi dans les esprits des ours, des loups, exprimant ainsi le désarroi des bêtes certes sauvages, mais surtout craintives face à une mystérieuse force qui leur ordonne de tuer. Les personnages se séparent en petits groupes, il neige en plein mois de juillet, la tension monte, les rencontres dangereuses et les attaques d’animaux se multiplient… En quelques mots, quelques phrases d’une étonnante neutralité, tout est dit et le lecteur peut gamberger à son aise. J’ai aimé la fin, plutôt positive mais sans véritable assurance que tout ne recommencera pas. Les associations de défense de la nature, aussi actives soient-elles, n’ont pas vraiment leur mot à dire. J’ai aimé aussi la légende indienne, le doute qui subsiste quant à l’origine des chamboulements. Si c’est bien l’homme qui a agi le premier en mêlant ADN humain et végétal, en créant des surhommes violents et incontrôlables (je ne dévoile rien, on y vient assez vite, l’intrigue reposant sur le « comment s’en sortir »), ne serait-ce pas ensuite la nature qui a utilisé ces monstres pour se venger de millénaires de mauvais traitements et d’exploitation ?
Je vous laisse en compagnie de cet original et essentiel Nature extrême : Fantasia me regarde avec des yeux bizarres…

