Le Petit Sommeil - Benjamin et Julien Guérif
Le Petit Sommeil
De Benjamin et Julien Guérif
Syros – collection Rat Noir – 2011
Pierre, lycéen solitaire et un peu nonchalant, s’apprête à passer un stage de trois semaines à la maison de retraite où travaille sa mère. Vite, il trouve les tâches répétitives et admet la dureté du travail. Les pensionnaires sont exigeants, souvent acariâtres. Et puis, il rencontre Edmond Braun, à la lucidité amère et bien décidé à ne pas mourir à petit feu dans sa chambre. En échange d’aide pour rédiger son rapport de stage, Pierre rapporte du whisky à Edmond. Une bouteille, puis quatre. Edmond va finalement demander à Pierre de se commettre dans un vol vieux de dix-sept ans…
Le titre est un hommage évident au Grand Sommeil de Raymond Chandler (1939), classique policier alambiqué. Ici, il est question de manipulation par une personne âgée envers un jeune un peu paumé, le narrateur Pierre. Malgré les mises en garde de sa mère et des aides-soignants, Pierre tombe dans le panneau parce que lui-même se sent mal : la première personne qui l’écouterait et lui promettrait une vie meilleure était susceptible de le charmer. La situation pointe le doigt sur les conditions de travail difficiles dans les maisons de retraite. « Mon boulot est dur, fatigant, mal payé », dira la mère en expliquant qu’il y a des chances à saisir dans la vie – elle parle alors des études, Pierre comprendra autre chose... Réaliste et écrit au présent, le roman semble clair. Ceci dit, tout se nuance à la fin, lorsque l’on découvre le relatif désespoir d’Edmond. A-t-il vraiment voulu exploiter Pierre ? Certainement, mais pourquoi ? Pour l’argent ou pour une fin de vie « digne », comme il ne cesse de le répéter ?... Car Le Petit Sommeil n’élude pas son contexte : les personnes âgées sentent mauvais, se plaignent sans arrêt, mais souffrent vraiment, etc. Il n’est pas courant de situer un héros jeune dans ce milieu autrement que sous un mode humoristique ou tendre. Ecrit à quatre mains (ça m'impressionne toujours), un roman en prise avec l’actualité, bien ficelé, très noir…
L’avis de Laure
