Nuit brûlée (La Peau des rêves tome 2) - Charlotte Bousquet
Nuit brûlée (La Peau des rêves, tome 2)
de Charlotte Bousquet
L'Archipel – collection Galapagos – février 2012
Suite des aventures de Cléo, jeune fille en rupture avec son clan, vivant dans un Paris futuriste dévasté. Cléo recherche toujours l'origine de son tatouage de dragon, et une explication sur la mort de ses parents quand elle était petite. Elle recueillie, plus ou moins de bon cœur, par un Nid de Chimères, créatures mi-humaines mi-animales, et renoue avec sa sœur jumelle, Lyn aux ailes rousses. Mais c'est en compagnie d'Axel qu'elle mène son enquête, un peu partout dans Paris. Bientôt, les deux jeunes gens vont s'avouer leur amour.
Très resserrée, l'histoire continue à faire penser à une de ces tragédies classiques tant appréciées de Cléo, et que l'héroïne cite de plus en plus souvent. Côte union impossible, on avance enfin, mais aux risques et périls des intéréssés (Axel montrait en effet quelque réticence, ou du moins n'exprimait pas ses émotions, puisque le narrateur externe ne suit que les pensées de Cléo). Côté secret de famille, le lecteur n'aura pas trop de surprises, mais la façon sèche dont les réponses sont amenées, ce qu'elles engendrent, est suffisamment chaotique pour garder l'intérêt du lecteur captif. Et encore une fois, il est question de trahisons passées et présentes... Enfin, côté méta-littéraire, on aime toujours autant la mise en scène de l'intrigue à travers une énigmatique prisonnière gitane. Après Cléo et ses personnages de théâtre, c'est au tour de ceux qui écoutent la conteuse de s'identifier à Cléo et ses amis... La fin est sans concessions (tragique, tout tourne autour de ce maître mot), et je ne sais même pas si un troisième tome est prévu. J'ai souri aussi aux clins d'oeil à la littérature jeunesse actuelle, avec ces vieux livres d'Axel qui séduisent peu Cléo. Héroïne aux émotions intenses, il lui faut au moins Racine, quitte à s'y perdre. Un beau roman qui s'inspire des codes de son genre fantastique uniquement pour trouver les siens propres.

« Elle était seule. Complètement seule. Coincée, non entre deux mondes, mais en dehors de ces mondes, elle n'avait nulle part sa place. Ni au Passage où elle avait grandi, ni auprès de Lyn et des siens. Ni même là-bas, dans les univers des livres qu'elle aimait tant. Ses pensées, confuses, mêlaient souvenirs, théâtre et réalité. Personnages et êtres de chair et de sang étaient liés, se confondaient – et puis, elle avait toujours utilisé les premiers pour comprendre les autres, imaginant l'irruption d'un Cyrano au Passage, créant des correspondances entre eux. Othello et Tybalt. Tania et Viola. 'Et moi, qui suis-je ? Je suis venue ici pour chercher l'origine de notre tatouage, pour avoir des réponses sur notre passé, savoir qui a tué nos parents. Mais il y a Axel, et à part lui, plus rien n'a d'importance... C'est Vénus toute entière à sa proie attachée.' » (p. 70)