Ma Mère est un gorille (et alors ?) - Frida Nilsson
Ma Mère est un gorille (et alors ?)
De Frida Nilsson
Traduit du suédois par Ludivine Verbèke
Bayard jeunesse – collection Estampille – octobre 2011
Petite orpheline, Jonna est adoptée par… une gorille. Dans le vide-grenier tenue par cette dernière, sans l’obligation de se laver, avec une bicyclette rouge pour s’amuser et des toasts aux œufs à tous les repas, Jonna s’épanouit. Mais un conseiller municipal, qui veut récupérer le terrain du bric-à-brac, va faire pression sur l’amour que porte la gorille à Jonna.
On l’aura compris, le roman utilise une idée extravagante pour parler d’un sujet universel, le droit à la différence. Malgré son bel optimisme, la gorille a des sentiments et elle lutte pour être acceptée telle qu’elle est. Enfant sensible (peut-être parce qu’orpheline ?), la narratrice Jonna comprend tout cela, et, ses premières angoisses surmontées, adopte vite son camp. A dessein, les personnages extérieurs sont noircis, cupides et sans cœur – sauf à la toute fin pour un.
J’ai un peu tiqué malgré tout sur l’éducation approximative apportée à Jonna : on peut sans doute développer son cœur en se brossant les dents aussi… Mais peu importe au fond, puisque le roman, manichéen, s’adressant à un jeune lectorat, choisit clairement d’opposer le total bonheur enfantin à la rigidité des adultes.
La présentation de l’auteure évoque Roald Dahl et c’est vrai ; j’ai aussi pensé, par bribes, à Fifi Brindacier la téméraire en révolte contre le monde responsable et à la Jenny B. de Jacqueline Wilson, toujours en quête d’amour. Original, plaisant et finalement didactique.

Fantasia : Oh ben moi, ma mère est une humaine, mais c'est plutôt sympa...
« Sur le chemin du retour, je ne dis pas un mot. Pendant les dernières semaines, j’avais oublié ce qu’on pensait de la gorille quand on ne la connaissait pas. Le jour de notre première rencontre – ce jour où j’avais frissonné à la vue de son pantalon crasseux et de son affreux sourire – semblait si loin ! C’est vrai, la gorille n’était pas comme les autres. Elle ne critiquait personne et n’élevait jamais la voix, sauf quand c’était nécessaire. Elle était elle-même, et je ne souhaitais plus qu’elle change. C’était aux autres de changer. » (p. 133)