Café givré - Suzanne Selfors
Café givré
De Suzanne Selfors
Traduit de l’anglais par Marie Hermet
Flammarion – janvier 2012
Quelque part en Norvège, Katrina vit avec sa grand-mère Anna, qui tient un café à l’ancienne. Depuis peu, tout s’accélère : la concurrence agressive du café des Darling plonge Anna dans les dettes, la fille Darling drague éhontément Vincent, le meilleur ami de Katrina, et enfin le dossier scolaire de cette dernière ne s’étoffe pas suffisamment pour prétendre à une bonne université. Heureusement, tombe littéralement du ciel Malcolm, ange et messager. Katrina lui offre un café et se retrouve avec trois vœux à prononcer.
Détrompez-vous, Katrina sera rétive à l’offre, qui profitera surtout aux autres. Finalement, c’est elle qui fera son propre bonheur en prenant son destin en main, ce qui déclenchera une série d’événements positifs. Je me suis beaucoup attachée à cette narratrice lucide mais pas victime, pince-sans-rire sans le vouloir et toujours attendrissante. Ses yeux s’ouvrent peu à peu sur l’âge adulte, vu comme celui du pardon et des responsabilités. Les choix du récit qui se déroule selon les trois vœux sont originaux ; Fantasia retient particulièrement Ratcatcher et son rat de vingt kilos… Les personnages secondaires défilent avec soin, depuis la muette Irmgaard au lourd passé jusqu’à la bonne copine Elizabeth, en passant par Anna et « les garçons ». Et puis, il y a le beau Malcolm, complètement décalé, absolument irrésistible de gentillesse. Avec lui, j’ai vraiment apprécié les anges en littérature jeunesse : nous ne sommes pas dans du fantastique sentimental fade, mais dans le monde réel et ses drames, juste « boosté » par les coups de pouce divins de notre Hermès. Si le message délivré sonne très anglo-saxon (help yourself), le quotidien à la fois neigeux et sympathique de Café givré m’a beaucoup plu.

« Comme un cow-boy de cinéma, M. Darling prend tout son temps pour descendre de son tabouret. Il domine complètement ma grand-mère, et je ne parle pas seulement de sa taille. Il prospère alors que nous avons du mal à joindre les deux bouts. Il a compris la demande actuelle pour des produits écologiques, mais nous avons continué à servir le café dans des tasses en polystyrène.Il a réalisé des campagnes de marketing alors que nous nous sommes contentées d'attendre et d'espérer une belle saison touristique, mais croiser les doigts marche nettement moins bien qu'offrir des bons de réduction, sponsoriser des projets créatifs et proposer "l'arôme de la semaine". » (p. 78)