La Joie de Lire a 25 ans #3 - Mistral - Angela Nanetti
Mistral
de Angela Nanetti
traduit de l'italien par Françoise Brun
La Joie de lire – collection Encrage – janvier 2012
Mistral est né sur une île, comme son père et son grand-père, mort en mer, avant lui. Un jour, il en deviendra logiquement le « Roi ». En attendant, en compagnie de son chien Mousse et de la petite Ignazia, il parcourt les quatre coins de son royaume, se fait peur en escaladant les falaises... Arrive Chloé, jolie blonde fille de bonne famille, en vacances sur le voilier familial. Mistral aime Chloé, Chloé collectionne les fiancés. Cependant, d'année en année, avec parfois quelques interruptions, les deux enfants se retrouvent, et Mistral ne peut plus oublier Chloé. Leur amour enfantin résistera-t-il à l'adolescence ?
Roman étrange, roman de l'amour, de la nature aussi. Nous suivons, à travers un narrateur extérieur, les peines et les joies du jeune Mistral, condensé d'émotions intenses en accord avec les tempêtes et le vent de son île. Pour lui, tout va bien ou tout va mal, et il en oublie de regarder ce qui est sous ses yeux, à savoir une gentille, dévouée et débrouillarde Ignazia. Ce faisant, il reproduit un peu le schéma paternel, celui d'un homme jamais satisfait, prompt aux coups de tête. En commun, ils ont l'attirance pour la mer, le lointain, et l'attachement paradoxal à leur île, son phare et sa tour.
Chloé, elle, développe une personnalité beaucoup plus simple : Mistral l'amuse. Elle se joue d'abord de lui avec une malice innocente, puis avec davantage de cruauté. Le tout se mâtine toutefois certainement de quelques Les voir grandir – Mistral tous les jours, Chloé de plus en plus sporadiquement – s'apparente à une expérience de savant penché sur un microscope. Il ne s'agit pas de voyeurisme, ni d'empathie, mais d'une attention, d'un intérêt sincère. La langue est fluide, les ellipses coulent tandis que les sentiments s'entre-choquent : un roman dont l'écriture adopte autant l'environnement maritime que l'histoire. J'ai beaucoup aimé.

« Elle lui prit la main et Mistral sentit que le bonheur était là, devant, et qu'il suffisait d'ouvrir la bouche pour le faire entrer à l'intérieur de lui. - Pourquoi tu restes la bouche ouverte ? - Comme ça. » (p. 64)