La Nuit des pantheras - Nina Blazon
La Nuit des pantheras
de Nina Blazon
traduit de l'allemand par Nelly Lemaire
Seuil – octobre 2011
Adolescente à la vie de famille pas très simple, Zoé se sent épiée dans sa ville, tandis que ses sens se développent. Folie ? Irvès et Gil, deux jeunes hommes rencontrés la nuit, lui expliquent : elle devient une pantheras, mi-humaine, mi-féline. Issus d'une longue tradition mythologique, les pantheras sont censés obéir à des règles de vie : chacun son territoire, on ne s'entre-tue pas... Mais depuis peu, des pantheras sont assassinés en divers points de la ville. Gil mène l'enquête tout en protégeant Zoé de ses jeunes instincts.
Quel drôle de roman fantastique. Peut-être parce qu’il se situe entièrement en zone urbaine (volontiers délabrée), il se fait dur, anonyme et violent, paradoxalement « réaliste ». Les héros mènent une vie de marginaux, de SDF rendus malades par leur don. Ils ne vivent que pour et dans la ville, et plus précisément leur zone d’influence. Les chats sont en effet des territoriaux…
Nous suivons en alternance Gil (« je ») et Zoé (« elle »). L’histoire principale est celle du parcours d’une jeune fille qui se découvre une différence et doit l'accepter. Apparemment fragile, Zoé va vite s’affirmer en leader, et partant résoudre activement l’énigme des meurtres en compagnie de ses nouveaux amis. Attention, il s'agit de félins : si on peut compter sur un brin de solidarité face à un danger extérieur, le naturel solitaire reviendra au galop. A ce titre, Gil est est à contre-courant, une sorte de vigie, celui qui veut comprendre pourquoi et pour quoi il existe des pantheras. Il se heurtera à un mur, des morts. La fin se joue en demi-teinte, donc, pour un roman un chouïa désespérant parce que loin des codes habituels, mais qui conserve toujours son caractère intrigant, puissant. Impeccablement écrit, à découvrir…

Vous pouvez toujours vous amuser à chercher quel félin se cache derrière tel personnage... Pas facile, l'auteur est sibylline !!
« - A quoi bon ? Que dois-je te raconter ? Que nous étions puissants et humbles, que nous avons toujours existé et que tu n'aurais qu'à lire les légendes, les contes, la Bible, les mythes de la Création, pour le comprendre ? […] Et ensuite, regarde autour de toi dans cette ville et tu découvriras une chose : il y a bien longtemps que nous ne sommes plus des veilleurs, nous en sommes à la fin. Les restes pitoyables d'une espèce en voie de disparition, nous situant quelque part dans la zone grise entre homme et félin, inutiles et stupides, indignes de survivre. » (p. 159)