Toute la Vie - Jérôme Bourgine
Toute la Vie
De Jérôme Bourgine
Sarbacane – collection Exprim’ – octobre 2011
15 euros
Le jeune Michel est malade. Un cancer. Plutôt grave, même s’il fait partie des 90 % qui sont censés s’en sortir. Autour de lui, sa mère, femme gouailleuse à qui la vie n’a pas beaucoup souri, sa sœur Hannah, surdouée de la famille, leur voisin Daniel, célibataire fasciné par ce trio aussi attachant que pénible. Pour empêcher Michel de céder au Boss (la peur), Hannah s’emploie à manipuler Daniel pour le rapprocher d’eux et aussi à mettre au point l’idée d’un jeu virtuel grandeur nature, une vie après la vie qui devrait rassurer durablement Michel.
D’un sujet tragique, Jérôme Bourgine ôte volontairement le gros des émotions, mais pour mieux les faire rejaillir indirectement. Nous suivons donc une histoire à la Groseille, presque comique à force d’outrance. La mère au vocabulaire cru s’oppose au délicat Daniel, déboussolé par l’insistance de la cadette Hannah. Cette dernière est un personnage complexe, en fait davantage l’héroïne du roman que le gentil et stable Michel. Mélange de naïveté et de finesse déterminée, elle semble avoir pour mission de sauver sa famille. Avant tout le monde, elle comprend où va Michel et cherche à protéger son petit monde en utilisant (assez froidement) les ressources sentimentales de chacun.
La structure du roman est celle d’un zapping, façon scénario de cinéma ou jeu vidéo, effectivement. Cependant, la multiplicité des narrateurs ne permet pas de percer véritablement à jour les motivations des protagonistes, tant ils ricochent l’un sur l’autre, s’influencent au détour de petites phrases ou actions. C’est très original, un peu bizarre quand même, avec une fin double dérangeante (cf la tentative de Daniel). Où vont-ils, décontenancés face à leurs destins ? Mais en fait, j’ai eu la gorge serrée face aux ratés successifs de ces paumés attendrissants, qui n’ont plus que la solidarité pour les tenir debout. A essayer.

« - Tu vois réellement les choses comme ça ? Ces choix que nous opérons configureraient une sorte de… parcours ? Comme dans vos jeux… - Michel t’a tout expliqué dès le départ. Tu as lu ton contrat, Dan, avant de signer. – Le jeu vidéo comme modèle cosmologique ! Tu réfléchis souvent à des trucs pareils ? – Affirmatif. Aux toilettes, surtout ; c’est propice. » (p. 209)