Les Carcérales - Magali Wiener
Les Carcérales
De Magali Wiener
Milan – collection Macadam – octobre 2010
10,50 euros
Une Fête de la musique qui vire à l’horreur. Rodrigues, amoureux de la belle chanteuse Aurélie, vit enfin une nuit d’amour avec elle, dans un petit square isolé. Mais le lendemain, la police l’arrête : il est accusé de viol sur mineure. L’enfer judiciaire commence.
D’abord, il y a la mécanique impitoyable de la justice, et visiblement une dénonciation par Magali Wiener d’une société qui broie ses jeunes : police, prison, tout semble se liguer pour ne pas leur permettre une réinsertion facile. Le moindre effort (éducateur, avocat…) est battu en brèche.
Ensuite, il y a la très intéressante réflexion sur la frontière entre le bien et le mal. Rodrigues peut-il être coupable à partir du moment où il pensait sincèrement bien faire ? Encore plus délicat, peut-on dire d’une femme qu’elle incite à un viol ? L’auteur secoue brutalement les esprits et pose crument les bonnes questions, sans y apporter de réponses (subtil, puisqu’il y a quand même un procès).
Enfin, d’un point de vue littéraire, j’ai été gênée tout le long du roman par une écriture hyper-morcelée, cassante, presque nauséeuse. Certes, elle se prêtait bien au sujet (à noter aussi l’emploi d’un temps présent fort) exprimé par le narrateur Rodrigues, et elle est justifiée à la toute fin par une dynamique de notes jetées sur un carnet qui aurait composé le corps du récit. Mais je ne l’ai pas totalement appréciée. L’épisode du procès, par exemple, composé de témoignages, aurait pu s’accommoder de quelques émotions. Mais le parti pris de Magali Wiener vaut aussi pleinement pour ce roman hors normes, presque un brûlot dans le petit monde de l’édition jeunesse. Il fallait oser : bravo.
