Révolution - Jennifer Donnelly
Révolution
De Jennifer Donnelly
Traduit de l’américain par Corinne Julve
La Martinière – collection Fiction J – octobre 2011
A New-York, Andi, fille d’un prix Nobel de physique et d’une artiste-peintre, n’en finit pas de pleurer la mort brutale de son petit frère. En désespoir de cause, son père l’emmène à Paris où il doit identifier un cœur datant de la Révolution Française comme étant bien celui de Louis Charles, fils de Louis XVI. Dans le musée personnel de l’historien qui les accueille, Andi découvre par hasard le journal intime d’Alexandrine Paradis, jeune comédienne embauchée au printemps 1789 par la Reine pour distraire Louis Charles… Rapidement passionnée, Andi oscille entre sa lecture du journal et sa préparation de mémoire sur un musicien contemporain d’Alexandrine, peu connu mais excessivement novateur (on comprendra pourquoi à la fin). Ces occupations ajoutées à la prise d’anxiolytiques finissent par remuer le sens des réalites d’Andi…
J’ai d’abord savouré cette vision très américaine de l’histoire de France. Attention, le roman s’appuie sur une documentation approfondie et un réalisme certain, là n’est pas la question. Simplement, il ressort comme une sorte d’étonnement distancié, une admiration aussi face à des événements qui ont eu leur lot de répercussions sur l’histoire de l’Amérique. Et puis, il y a Paris, sa Tour Eiffel et ses ébénistes musiciens amateurs au coin de la rue. Clichy-sous-Bois et les chauffeurs de taxis tourmentés. Je me moque gentiment, mais Jennifer Donnelly malaxe suffisamment ce qui aurait pu rester des clichés dans une histoire un peu historique, un peu fantastique, pleine d’émotions et captivante de bout en bout. On connaît certes la fin, on devine le lien dramatique entre le passé d’Andi et la vie d’Alexandrine, mais l’écriture solide et sobre a mené Fantasia par le bout du museau. Dans une production de plus en plus formatée, l’auteur a réussi à faire siens différents thèmes, différents styles pour inventer un roman singulier. Très très bien !

« J’étais revenue au palais alors qu’il aurait été plus prudent pour moi de rester à l’extérieur. J’avais risqué ma propre vie pour Louis Charles. Mes mains étaient en lambeaux mais je ne sentais rien. Aucune douleur. Juste de la peur… pour lui. Je pense que la Révolution a commencé à ce moment-là. Pas pour Paris ni pour les Français. Mais pour moi. » (p. 193)