Tous différents ? #2 - Mayo, ketchup ou lait de soja de Gaia Guasti
Mayo, ketchup ou lait de soja
De Gaia Guasti
Thierry Magnier – septembre 2011
8 euros
Noah vit avec sa maman, adorable mais un brin fofolle. Alors, quand Elianor arrive à l’école et que tout le monde la rejette parce qu’elle « sent mauvais », Noah est le seul à lui adresser la parole. Peu à peu, il l’apprivoise et comprend que son odeur vient de son alimentation exclusivement végétalienne. Elianor habite avec son père, sorte de gourou mystique porté sur la méditation… Noah décide de convertir Elianor au Nutella pour la ramener vers une normalité de son âge.
Un roman sur les sectes et leurs dangers ? Que nenni, le papa d’Elianor est un grand inoffensif qui ne parvient pas à gérer la perte de sa femme. Un roman sur l’alimentation et ses dérives ? Non plus, le régime d’Elianor n’étant que le symptôme d’une sensibilité, d’une fragilité plus profondes.
Alors, de quoi s’agit-il ? D’une tranche de vie moderne (deux familles monoparentales), du deuil d’un parent qui fait grandir à toute vitesse même si on en parle peu, de la mise en œuvre de son individualité sans forcément se couper des autres. Le personnage de Sylvester le faux dur apporte une perspective supplémentaire qui s'intègre harmonieusement au déroulement de l'intrigue. Le narrateur Noah et Elianor apprennent l’un de l’autre - tolérance pour lui, ouverture pour elle -, et quelque chose nous dit que tout ça finira dans un grand baiser goût Nutella au soja (comment ça, ça n'existe pas ?). Mignon, frais et pas bête.

« Or, mon plan reposait sur une arme franchement imbattable : le goûter de Mme Da Silva. Après avoir tâté à ses croissants tartinés de Nutella, accompagnés de fraises Tagada, arrosés d’un bon verre de Coca bien frais bien pétillant, j’étais prêt à parier qu’Elianor aurait fait la paix avec ses innombrables aliments interdits, et aurait donc récupéré une odeur un peu plus ordinaire. Aromatisée aux sucres et aux colorants, comme tout enfant qui se respecte. » (p. 50)