Nicostratos - Eric Boisset
Nicostratos
D’Eric Boisset
Magnard jeunesse – juin 2011
13 euros

Yannis vit avec son père pêcheur, dans une île grecque isolée. Il voit peu de monde, et ne connaît l’école qu’à travers les cours au monastère du bon Papa Kostas. Son père Démosthène lui manifeste très peu d’affection depuis la disparition de sa mère et le jeune garçon se console souvent auprès de sa gentille petite chèvre. Alors, lorsqu’il croise le chemin d’un étrange oisillon maltraité par son propriétaire, Yannis n’hésite pas : il échange sa croix en or (seul souvenir de sa mère) contre le petit volatile. Et bien sûr, il le cache à son père. Tout va bien le temps de la croissance du bébé baptisé Nicostratos, beaucoup moins lorsque le pélican atteint sa taille adulte de un mètre soixante…
Soyons clairs : Nicostratos est d’abord un roman (première parution 1998), ensuite un film. Et c’est tant mieux, car on y retrouve l’écriture vivante et fine d’Eric Boisset, pas du tout parasitée par des objectifs scénaristiques. La bande-annonce nous promet ainsi un premier amour, alors qu’il n’y a pas l’ombre ni la nécessité d’ailleurs d’une fille dans le roman. Grrrr.
Alors oui, les relations et les sentiments sont ici gros comme des olives géantes, mais l’histoire respire le soleil et l’espoir. L’amitié animalière en littérature ne connaît pas la crise, quelle que soit la faune considérée. La mort de Nicostratos à la fin : non non non, on n’y croit pas une seconde, à dix ans comme à quarante. N’empêche qu’on tire quand même sa petite larme, et qu’on se prend d’une grande empathie pour le jeune Yannis.
Il est curieux ce héros raconté par un narrateur externe, évoluant complètement en marge de la société et des lois (l’école ??), gonflé d’amour pour la nature et les animaux et semblant s’en contenter parfaitement. L’intrigue montrera peu à peu un Yannis tout sauf asocial, à qui le contact du jeune Périclès venu de la ville fait le plus grand bien. Au passage, le lecteur découvre la Grèce pauvre, religieuse, rongée par le sel d’une mer qui la nourrit.
Démosthène restera le plus grand défi du petit héros, homme meurtri par la mort de sa femme et incapable de montrer ses sentiments, voguant d’un verre de raki à la vente de sa pêche. Là, je dois dire, je n’aurais pas vu une autre tête pour le jouer que celle d’un Emir Kusturica abrupt et démesuré.
Si vous pensez que Nicostratos a son rôle à jouer dans le rapprochement du père et du fils, vous avez tout compris, mais ça ne vous empêche pas de feuilleter ce joli roman de bord de mer, à la fois envers de carte postale et variation familiale juste. Quant au film… de toute façon Fantasia a peur des grands becs.