Faim de vie - Marie-Florence Ehret
Faim de vie
De Marie-Florence Ehret
Oskar Editeur – juin 2011
11,95 euros
Mai 68 gronde à Paris. Loin d’Elise aux riches parents gaullistes, et tout près de Vanessa la presque orpheline obligée de travailler. L’une et l’autre vont pourtant se croiser au lycée du Sacré-Cœur, pour passer leur bac, et devenir les meilleures amies du monde.
Qu’ont-elles donc en commun, ces deux héroïnes qu’un narrateur attentif suit avec tout le sérieux du temps présent, soit seules, soit (le plus souvent) ensemble ? Rébellion ! Le mot est lancé, la jeunesse aspire à la liberté. Mais si les grosses manifestations tiennent une seule voix, les psychologies individuelles se révèlent évidemment plus ambiguës… Elise n’arrive pas à exprimer son malaise, alors elle cesse de manger et sombre dans l’anorexie tout en lisant Le Monde. Vanessa s’emporte dans les grandes idées et les belles phrases de la littérature, mais peine un peu plus à agir. Les filles ne sont pas conscientes des difficultés dans lesquelles elles s’empêtrent, et leurs situations respectives menacent d’abord de tourner court avec la fin de l’adolescence : au pire la mort – chacune a des envies de suicide à sa façon -, au mieux Elise femme au foyer sans parole, Vanessa petite travailleuse frustrée.
Paradoxalement, ce sont les cours stricts du lycée du Sacré-cœur qui vont les sauver. Au contact l’une de l’autre, et sous l’impulsion d’Elise galvanisée, elles vont s’enrichir humainement, s’entraider matériellement et parvenir à dépasser leurs blocages. Le tout très naturellement, sans un mot lourd ou explicatif de l’auteure. Elles font leur révolution, sous l’œil bienveillant des adultes qui plus est : un petit miracle en cette fin de décennie.
Ce serait juste formidable, si on ne craignait ensuite que leur grande amitié ne se transforme en exclusif mortifère. Une interdépendance, des sentiments presque amoureux se ressentent entre les deux jeunes femmes et viennent insidieusement perturber la belle entente des débuts. Cela finirait sans doute mal, si l’obtention du bac et l’effervescence du festival d’Avignon ne passaient pas par là : des avenirs personnels sont bien devant la frêle Elise et la décidée Vanessa.
Deux jolis parcours psychologiques à une période certes propice aux remises à plat, mais dans un environnement malgré tout cadré : plus que de révolution, au fond, c’est d’équilibre qu’il s’agit ici.

Même époque et même atmosphère flottante, à lire aussi : la trilogie de Marie Brantôme – Avec Tout ce qu’on a fait pour toi (Seuil jeunesse, 1995), Sans Honte et sans regret (Gallimard jeunesse, 1998), La Hors-Venue (Seuil, 2001)