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Les riches heures de Fantasia
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14 juin 2011

Le Roman de Sofia - Henning Mankell

 

Le Roman de Sofia

De Henning Mankell

Traduit du suédois par Agneta Segol et Marianne Segol-Samoy (livre 3)

Flammarion – collection Tribal – mai 2011

13 euros

roman_sofia     

Le Roman de Sofia est la compilation de trois ouvrages d'Henning Mankell, successivement traduits en 1998, 2003 et 2011. Sofia existe vraiment. C'est une jeune femme du Mozambique (ancienne colonie portugaise) qui a perdu ses deux jambes en sautant sur une mine quand elle était petite. Sa soeur Maria qui l'accompagnait n'a pas survécu : c'est ce que raconte le premier livre, Le Secret du feu. Il parle aussi du décès du père, paysan victime de la guerre civile, et de la façon dont l'héroïne a du trouver sa place après son accident. Le deuxième livre, Le Mystère du feu, traite d'un autre malheur, la disparition de la soeur aînée Rosa, atteinte du sida. En parallèle, la mère Lydia lutte pour conserver l'accès des villageois à un champ potager menacé d'être transformé en golf. Enfin dans le troisième livre La Colère du feu, Sofia, devenue maman de deux jeunes enfants, doit faire face à l'infidélité de son mari Armando.

Henning Mankell dit ne raconter que des faits réels, bousculant simplement la façon dont ils se sont déroulés. Suivie par un narrateur externe attentif, Sofia devient alors une figure emblématique de la résilience : envie de vivre envers et contre tout, capacité à faire de ses difficultés des atouts. A chaque nouveau malheur, on pense qu'elle ne se relèvera pas et pourtant elle continue, en mémoire d'abord de ses proches disparus, plus tard pour ses enfants. Tout se passe comme si le fait de ne pas pouvoir courir ou danser (elle adore) galvanisait Sofia, lui permettait de supporter toutes ses souffrances et la propulsait même vers un meilleur. Courageuse et opiniâtre, la jeune fille sait instinctivement polir ses sentiments, trouver des réconforts : elle parle régulièrement avec les morts dans sa tête, décrypte les flammes du feu et y devine son avenir comme le lui a appris une vieille femme. Attention, elle n'est ni superstitieuse ni sotte, seule de son village à ne pas croire aux promesses des guérisseurs de chasser le sida comme un mauvais esprit.

Sofia est encore une adorable jeune personne, attirant les bonnes intentions à défaut d'une bonne étoile. Elle se lie brièvement avec le personnel de l'hôpital fréquenté pendant son accident, et garde des amis sûrs pour la vie. Elle apprend à coudre, et gagne rapidement la confiance d'un homme âgé qui lui offre une machine, c'est-à-dire l'indépendance financière. Elle est handicapée, destinée à rester célibataire, et trouve pourtant un mari (d'abord) aimant. Au moment des choix de l'adolescence, Sofia se verrait bien médecin ou maîtresse d'école, mais ce ne sera pas possible car elle doit prendre en charge sa mère et ses jeunes frères. Peu importe, elle va mettre son rêve dans sa poche mais pas son mouchoir dessus : le handicap lui a appris la patience.

J'ai été impressionnée par cette énergie hors du commun, rendue délicatement par un Mankell qu'on sent ému entre les lignes. Le contexte douloureux, l'avalanche tragique qui tombe sur la tête de Sofia sembleront apocalyptiques aux occidentaux que nous sommes, puis les choses se remettent en place : il y a mille et une Sofia en Afrique... L'auteur fait parfois dire à son héroïne qu'elle ne devrait pas affronter si jeune de tels événements – le lecteur approuve et compatit -, mais hop, la  belle retrousse déjà ses manches à la page suivante. De fait, je ne l'ai jamais plainte, mais j'ai eu mal avec elle. J'ai aussi aimé, rejeté, rêvé... tout un panel de sentiments extrêmes et intenses ! Une Vie avec un grand V, sous la plume d'un écrivain doué...

« - Il m'a enseigné que dans la vie tout n'est qu'une question de coutures, continua-t-elle. Ce sont elles qui font le lien entre les choses. C'est grâce à elles que notre mémoire relie nos rêves à nos pensées, celles que nous avons quand nous sommes éveillés. Il existe même des coutures invisibles entre les gens et si l'on veut apprendre à les aimer, il faut savoir coudre. Si tu brodes ton chagrin mais aussi tes désirs sur un morceau de tissu, tu t'apercevras que tout devient plus facile. Voilà ce que Fatima dit à Sofia cette nuit-là. Et Sofia n'allait jamais l'oublier. » (pp. 138-139)

A lire aussi : Le Secret de Chanda et Les Guerres de Chanda d'Allan Stratton (Bayard, 2006 et 2009)

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Commentaires
M
Je vais commencer ce livre dès ce soir; je n'en ai entendu que du bien....<br /> Ton avis me donne encore plus envie de m'y plonger....
G
((hum.. il est quelque-part dans l'appartement, à la même page que la dernière fois, il démarrait pourtant très bien, et puis les jours ont passé... à suivre!))
F
Eh, mais moi j'ai pas encore lu Afirik !! Tu nous diras si c'est bien ? :-)
G
((mais je suis encore au début d'Afirik!)
G
((ouh là là, je me sens en retard, très en retard, très très très en retard, tu lis trop vite :-) et où trouves-tu le temps d'écrire ces supers posts en plus??<br /> <br /> Ce roman-ci me fait très envie!))
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