Arrête de mourir - Irène Cohen-Janca
Arrête de mourir
D’Irène Cohen-Janca
Actes Sud junior – collection D’une seule voix – avril 2011
7,80 euros
Bleu dramatique
« J’AIME MIEUX QUE TU CREVES AVANT D’OUBLIER MON NOM. »
Sam s’apprête à passer son bac et l’âge adulte (en compagnie de la jolie Pauline). Alors qu’il considère la famille comme un refuge, c’est sa propre mère, la jolie cinquantenaire Emma, qui va bouleverser son quotidien tranquille d’adolescent. Atteinte de la maladie d’Alzheimer, Emma multiplie les post-it les plus infimes, se perd dans la ville, hurle des obscénités en public… Pauline fuit et Sam ne travaille plus au lycée. Bientôt, la mère doit intégrer un centre spécialisé.
Aïe aïe aïe… quel sujet difficile, terriblement actuel pourtant. Irène Cohen-Janca l’attrape avec maestria, et la concision voulue de la collection la sert parfaitement. Son jeune narrateur s’adresse en phrases courtes et fortes directement à sa mère, au présent, sans se soucier de littérature mais au gré de ses sentiments exacerbés. Il y a d’abord un peu d’égoïsme chez le jeune homme ; l’irruption de la maladie anéantit tous ses repères gêne sa petite vie insouciante. Il s’interroge brièvement sur son propre avenir : quid de l’hérédité ? Il parle peu de son père, de sa sœur, comme si chacun dans la famille vivait séparément son expérience. Sam s’endurcit, considère le reste du monde comme à part. La séquence des retrouvailles avec Pauline est d’une grande férocité. Ces réactions se révèleront des erreurs, puisque c’est justement au moment où le frère et la sœur échangent leurs ressentis de la douleur que la situation devient non pas plus douce, mais… acceptable ? Pfouuu… il n’y a évidemment pas de fin heureuse, et je ne suis pas prête d’oublier ces quatre-vingt pages nuancées autant qu’implacables.
« On m’a juste enlevé ma mère. Ma mère, douce, patiente, aimante, pour la remplacer par une folle, une agitée du bocal, une inconnue complètement jetée, bourrée de haine comme un tonneau d’explosifs. » (p. 41)