La Fille sur la rive - Hélène Vignal
Nour vit à Satmine, une ville close sur elle-même, proche d'une mine de Karka où tous les hommes travaillent pendant que les femmes vaquent aux travaux ménagers. Il est interdit de traverser ou même s'approcher du fleuve, hautement toxique. Mais Nour, jeune fille solitaire qui passe son temps à coller des jolies boîtes dans le grenier, s'en moque. Le jour, la nuit, elle observe les rives du fleuve peuplées de chats sauvages. Et rêve de ce qui se trouve de l'autre côté... Suite à un incident climatologique un peu plus grave que d'habitude, Nour va découvrir un grand secret et prendre sa décision.
Le contexte est succinct : un nom de ville, une mono-activité, une façon de vivre ensemble codifiée. On pense à l'URSS en ce qui concerne l'embrigadement des esprits : « A chaque fête que nous offre le Bourgmestre, s'écrie Yost essoufflé par la danse des mineurs qu'il vient d'accomplir, je ressens au plus profond de moi la force de cette communauté soudée que nous formons tous ensemble. [... ] Nous sommes des bâtisseurs, des défricheurs ! De la boue nous extrayons le Karka, des marécages toxiques nous faisons sortir une ville rayonnante, des ventres de nos femmes sortent des enfants vigoureux et intelligents ! » (extrait de La Gerbe de Satmine, p. 32). Nous sommes cependant dans un environnement futuriste au climat bouleversé, petit côté écologiste menaçant de l'histoire.
Tout se concentre autour de l'héroïne, dont sont explorés les affects, les souvenirs, les aspirations, mais toujours avec la distance un peu froide d'un narrateur externe. Malgré sa différence, Nour est acceptée comme telle, aimée par ses parents. De fait, rien ne l'oblige à vouloir quitter la ville. Mais là où beaucoup l'ont crue simple, elle démontrera son intelligence... La fin abrupte résonne dans nos têtes, voie ouverte à quantité d'autres questions. Ponctuée d'extraits de journaux (« La Gerbe de Satmine ») ou de circulaires municipales, cette nouvelle glaçante atteint parfaitement l'effet souhaité. Seul petit regret : même si la concision et l'incomplétude font clairement partie intégrante du système d'écriture, j'aurais bien voulu quelques pages de frissons supplémentaires...
La Fille sur la rive
D'Hélène Vignal
Rouergue – collection DoADo Noir – avril 2011
8 euros


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