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Les riches heures de Fantasia
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2 mai 2011

Au bord de la ville - Roland Fuentes

Au bord de la ville

De Roland Fuentès

Syros – mai 2011

14,90 euros

 

Sylvère vit avec sa famille sur un terrain vague, en bordure d’une ville de hautes tours blanches. Cet univers desservi par une autoroute bruyante fascine les enfants. Certains habitants du terrain partent, papillons happés par les lumières lointaines. S’ils reviennent, c’est frappés d’une folie irréversible. Podagre, le meilleur ami de Sylvère, disparaît un jour vers ce supposé eldorado. Sylvère et son amie Abilèn vont le suivre, et découvrir l’envers du décor… Puis, sans vraiment le vouloir, ils enclencheront une révolution pacifique.

J’ai été troublée de bout en bout par ce roman certes fantastique, mais qui flirte sans arrêt avec nos réalités les plus plates et actuelles. Cette banlieue est bien un de nos bidonvilles de tôles et de planches, où l’on meurt de fièvres et où on sait à peine lire. Il s’oppose à la ville qui propose un toit, un système de santé et une éducation pour tous. Mais attention, le terrain vague est encore un lieu de solidarité, de petites joies avec la nature. D’ailleurs, Abilèn sera victime de crises dans la ville, comme si elle y manquait d’air, de liberté. Et il n’y a pas que cela : sous couvert de fiction, l’auteur en profite pour égratigner largement le libéralisme. « En ville, nous pouvons nous comporter comme les autres citadins à condition de respecter certaines règles : ne rien donner, ne jamais rendre un service gratuitement, ne jamais inviter quelqu’un à boire ou manger un morceau. » (p. 97). Ces lois implicites donneront lieu à une scène mémorable avec des peluches, cadeau s’il en est. Cependant, l’économie de la ville fonctionne sans complexes sur le travail clandestin, abritant les sans papiers dans des taudis en ruines ou dans les fameuses tours, équivalents des cités les plus ghettoïsées. Au total, une société de contradictions, de fatigue et dangers compensés par des relations humaines riches – même si interdites -, se dresse au fil des pages. C’est le reflet quasi-exact de notre société, simplement observé à travers le prisme d’un narrateur (Sylvère) qui nous le présente comme un monde étranger.

Toutefois, Roland Fuentès offre à son univers une forte possibilité d’évolution, et assez curieusement jusque dans ses plus hautes sphères : le gouverneur général lui-même n’est pas heureux, pas persuadé du bon droit de ce qu’il impose. C’est étrange, doux et un peu triste. Le lien entre Sylvère et ce chef suprême se fait à travers un enfant, symboliquement synonyme d’innocence et de pureté. Et peu à peu, des échanges se créent entre le bidonville et les tours, prélude à de nouvelles façons de vivre.

J’ai adoré ce roman inclassable, écrit avec simplicité et émotion : un appel citoyen d’autant plus marquant que plaisant à lire.

 

fuentes

 

 

« L’école, ce doit être un peu comme notre pépinière. Mais je me demande pourquoi on enferme les enfants dans cette pièce nommée classe et pourquoi on les oblige à rester assis sur des chaises. N’y a-t-il aucun champ à la ville, au milieu duquel ils pourraient s’installer en rond autour de l’adulte, un brin d’herbe entre les dents, tandis que le vent parfume leurs cheveux ? » (p. 35)

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